Loin du spectaculaire et de toute science fiction conquérante, le film se place dans une banlieue anonyme et un foyer silencieusement abîmé par l’absence du père. L’extraterrestre n’y ouvre pas une promesse d’ailleurs, il vient combler un vide déjà béant, déposée sur une blessure qui n'est pas prête de cicatriser. La relation entre Elliott et E.T. est un lieu d'émerveillement pur. Pourtant, elle prépare, dès sa naissance, la douleur de la séparation. Spielberg filme l’enfance comme un territoire exposé au problématique adulte, où l’on apprend trop tôt que l’amour n’annule pas la perte, et que le deuil précède souvent même les mots pour le dire.
La mise en scène abandonne l'information au profit de l’affect. Les corps deviennent perméables, les émotions circulent. E.T., être faible, dépendant, maladroit, renvoie à l’état enfantin dans ce qu’il a de plus nu. En miroir, le monde adulte apparaît disloqué, administratif, incapable de relation véritable, obsédé par le contrôle plutôt que par l’écoute.
La séquence du vélo, la maladie puis le départ final refusent toute promesse de consolation instantanée. Le film affirme que toute rencontre contient déjà son arrachement. Sous son apparente tendresse, E.T. est une réflexion sur la perte et même, sur le cinéma lui-même, conçu comme un lien intense mais passager. Une présence que j'ai senti, plus jeune, me transformer, puis se retirer, laissant derrière elle, une once de lumière. Un film qui nous rappelle que oui, des ombres brillent encore.