Malgré la piètre qualité de l’épisode précédent, le studio Toho est tout de même plus que rentré dans ses frais et commande son nouvel épisode annuel de Godzilla. Je vous avais dit qu’on avait l’impression que « Invasion Planète X » était un scénario recyclé dans lequel Godzilla avait été intégré à la dernière minute ? Eh bien c’est presque le cas cette fois encore, puisqu’ici ce n’est pas l’énorme lézard qui était censé être le héros, mais King Kong ! Le scénario de « King Kong contre Ebirah » ayant été refusé par les ayants-droits du singe géant, la Toho a repris le scénario et changé le nom « King Kong » par « Godzilla ». Et hop, c’est plié, voici un nouvel épisode !
Ryota (Toru Watanabe) a perdu son frère (Toru Ibuki) en mer, mais apprend d’un inconnu qu’il pourrait encore être en vie. Évidemment, personne ne veut le prendre au sérieux, sauf deux de ses amis (Chotaro Togin et Hideo Sunazuka). Avec leur aide, il va tenter de voler un bateau qui, par un concours de circonstances est déjà en train d’être volé par un cambrioleur nommé Yoshimura (Akira Takarada). Ils se retrouvent tous les quatre à voyager vers les mers du Sud mais s’échouent sur l’île de Letchi, qui est (c’est pas de bol) le repère secret d’une organisation terroriste, le Bambou Rouge. Ajoutons que l’île est également protégée par le monstre géant Ebirah… Ça en fait de la malchance !
La licence nous avait déjà proposé des dinosaures, un papillon et une hydre à trois têtes. Cette fois, le nouveau méchant est donc… une crevette (Ebi signifie crevette en japonais). Il y avait plein de monstres stylés possibles, on aurait pu faire combattre Godzilla avec un lion géant par exemple. Mais non, ce sera une crevette. Et ce n’est que le début de ce qui sent aussi mauvais qu’un crustacé pas frais dans cet épisode. Le budget a connu, encore une fois, une coupe drastique : le film se déroule sur une île reconstituée en studio, parce que ça coûtait moins cher qu’une ville ou, plus simplement, qu’un décor réel. Pour la même raison, la production a choisi un réalisateur issu du monde la télévision, Jun Fukada. La Toho pensait qu’un réalisateur de télévision pouvait mieux gérer un budget serré.
À nouveau, Godzilla n’est pas vraiment la star du film. Il en est même absent la majeure partie du temps : il dort au fond d’une grotte et est réveillé par Ryota et ses amis. Puis il va, littéralement, passer une partie du film assis à regarder ce qu’il se passe (et à se rendormir). C’est une bien étrange façon de traiter la vedette du film. Contrairement à l’épisode précédent, les personnages humains sont cette fois plats : leurs interactions ne semblent pas réalistes et bien qu’ils soient face à un événement qui pourrait détruire le monde, ils n’ont pas l’air de prendre la menace au sérieux. Quant au scénario, on ne sait plus si tout est une question de malchance pour les héros (tomber sur l’île des terroristes, être bloqués par Ebirah) ou de grosse chance (pile à l’endroit où dort Godzilla, Ryota se retrouve attaché par mégarde à un ballon météo qui l’emmène… sur l’île où se trouve Mothra et son frère disparu). Les ficelles sont énormes.
En parlant de ficelle, intéressons-nous un peu aux effets spéciaux. Le design d’Ebirah n’est pas le plus inspiré de la saga, mais les choses empirent quand débarque Daikondura, un condor géant qui est probablement la créature la plus moche à ce jour dans cette franchise. Pour le reste, on a toujours des acteurs dans des costumes, des zooms rapides et inutiles sur des objets, des maquettes, des coupes rapides au montage (et une absence quasi-totale de plans de contextualisation). Et ça va faire plusieurs épisodes maintenant que Godzilla est devenu fan du lancer de rochers, mais on atteint de nouveaux sommets ici puisqu’il va jouer au volley ball avec Ebirah, un rocher faisant office de balle.
Bien qu’on se doutait dès le départ que ce film serait cheap, il reste étonnant que Fukuda ait réussi à en faire un épisode encore pire que ce qu’on avait imaginé. Ce n’est pas un de ces films dans lesquels les limitations deviennent bénéfiques : la quasi absence de kaiju dans la première heure est décevante et l’histoire des quatre amis face à une organisation terroriste devient rapidement brouillonne. On pourra tout de même reconnaître à Fukuda le mérite d’avoir piqué des éléments chez James Bond pour cette partie humaine de l’histoire sans que ça ne devienne trop ridicule.
« Ebirah contre Godzilla » contribue à la lente descente en qualité de la franchise, mais, en même temps, la courbe s’inverse par rapport à l’épisode précédent : on est passé de la série B, à la série Z. Et c’est désormais tellement mauvais que ça en devient comique, et donc plus attachant. On ne s’intéresse pas vraiment à l’histoire, on oublie le film dès qu’on l’a vu, mais on rit dès qu’Ebirah pointe ses yeux globuleux.