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Il y a parfois des films qui tirent toute leur étrangeté non pas tant dans ce qu’il raconte mais dans la manière dont ils sont construits. El Asesino de Muñecas de Miguel Madrid est un bien curieux film de 1975 qui nous plonge dans les troubles psychotiques d’un jeune homme pas tout à fait tout seul dans sa tête.


El Asesino de Muñecas ou The Killer of Dolls nous raconte donc l’histoire de Paul un apprenti chirurgien en cardiologie, psychopathe et obsédé par les figures de poupées et de mannequins qu’il confond régulièrement avec de vraies femmes. Dans le bordel de sa tête il trouvera tout de même un peu de place pour l’amour en se rapprochant de la fille d’une bourgeoise un poil nymphomane qui souhaite absolument que le jeune homme devienne son amant.


El Asesino de Muñecas est déjà assez bizarre dans ce qu’il raconte avec ce portrait trouble et troublant d’un jeune homme qui se déguise en femme avec masque de porcelaine et perruque, possède une attirance fétichiste pour tout ce qui est poupées et mannequins et dont les mœurs flirtent aussi avec la pédophilie et la nécrophilie. Il a ainsi une relation assez borderline avec son ami , un insupportable gamin avec une coupe à la Mireille Matthieu prénommé Robert qui pour s'amuser décapite et brûle des poupées. Le film baigne donc dans un climat étrange qui préfigure à quelques reprises le futur Maniac de William Lustig notamment lorsque Paul se retrouve entouré de mannequins qui semblent l’observer et qui symbolisent toute sa folie et son rapport difficile aux femmes. Et quand il ne part pas légèrement en vrille, El Asesino de Muñecas propose quelques séquences vaguement oniriques et teintées d’influences entre giallo et épouvante qui fonctionnent assez bien. Mais le film de Miguel Madrid est aussi gorgé de moments un peu WTF qui auront eu le mérite de bien me faire marrer mais qui entame franchement son aura sulfureuse.


La première scène de meurtre de El Asesino de Muñecas est assez surréaliste puisque le tueur s’attaque à une femme avec de sérieux problèmes de vue puisque sans ses lunettes elle est incapable de voir le tueur qui est littéralement sous ses yeux et devant son nez. Une fois ses lunettes remises sur son nez , elle découvre enfin qu’elle n’est plus avec son petit ami et elle s’enfuit obligeant le tueur à la poursuivre à bicyclette … Le tout avec un montage un peu étrange histoire de renforcer la bizarrerie de la scène. Le film est rempli de séquences un peu bizarroïdes et décalées pas toujours très bien mises en scène avec des défauts de montage, de tempo et d’interprétation. Des séquences qui prêtent à sourire tant elles semblent parfois sortir d’un boulard de seconde zone ( Ah la séquence avec le serviteur noir qui rejoint la bourgeoise au pieu), d’un film romantique très cucul ( On se court après au ralenti sur la plage) d’une comédie musicale ringarde de pop funk kitsch ou d’un piètre giallo. On pourra aussi ajouter les séquences assez gênantes comme lorsque Paul étreint et fait des câlins à Robert ( Un gosse d’une dizaine d’années) en se frottant à lui avec une certaine complaisance. Et puis il y a l’interprétation en roue libre et tout en excès de David Rocha constamment en surjeu à tel point qu’il en fait trop même lorsqu’il doit simplement enfiler un pantalon. En tout cas c’est assez drôle de le voir se tortiller et gémir comme s' il était en plein orgasme alors qu’il est simplement en train de prendre une douche ou le voir courir au ralenti en grimaçant de bonheur. Ce mélange de maladresses, d’excès, de manque de rigueur, de bizarrerie ajoute au film de Miguel Madrid une petite touche d’étrangeté qui finalement s’accommode assez bien à l’univers dérangé de son personnage véritable Drama Queen queer et psychopathe.


Étrange et singulier, ridicule et fascinant El Asesino de Muñecas frôle parfois le nanar mais se remet toujours sur ses pattes comme si le chaos psychologique de son tueur avait contaminé l’écran. Si vous aimez les mannequins de supermarché, les petits garçons, les poupées, les héros queer et psychopathe et les accidents de mise en scène le film de Miguel Madrid devrait vous plaire.

freddyK
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le 19 févr. 2026

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