El Dorado est un western plaisant, c'est certain, mais il souffre de deux comparaisons.
La première, c'est bien sûr avec Rio Bravo : le film se présente comme une sorte de remake. Des scènes iconiques sont reprises, et le concept de la prison assiégée est au coeur de la confrontation finale. Plus El Dorado avance, plus il tourne à la comédie. Bien sûr, son modèle avait aussi ses scènes drôles, mais là on est sur un degré supérieur. Et là aussi un constat : Howard Hawks, qui a signé dans le passé d'incroyables comédies, n'a pas ici la même verve, même si c'est effectivement amusant de voir John Wayne et Robert Mitchum déambuler, chacun avec leur béquille : c'est qu'ils prennent de l'âge! Amusant aussi la mixture pour dessaouler, qu'on dirait échappée d'un album d'Astérix.
En fait, on a l'impression que le film ne sait pas trop sur quel pied danser, certaines confrontations sont bien plus dramatiques que le reste, sans atteindre l'intensité non plus de Rio Bravo. On a la pénible impression que Howard Hawks, dont c'est l'avant-dernier film avant Rio Lobo, en est réduit à s'auto-parodier.
La deuxième comparaison, c'est avec le roman, The stars in their course, en français Du haut des cieux, les étoiles. Ce roman de Harry Brown, à qui on doit entre autres le scénario de l'excellent Quand les tambours s'arrêteront, est d'une grande qualité. Ici, on a l'impression qu'on l'a charcuté pour en tirer uniquement un ersatz de Rio Bravo. Si le but était de faire un remake, pourquoi utiliser cet excellent roman, qui reprend la guerre de Troie dans un contexte western? On y retrouve en effet une partie des personnages de l'Illiade, et on reconnaît sans peine des épisodes de l'épopée. Quelle fresque de grande ampleur cela aurait pu donner!
Malgré tout, El Dorado se regarde avec plaisir : si Howard Hawks n'a sans doute plus l'inspiration de ses débuts, il a toujours son talent, et c'est toujours un régal de voir Robert Mitchum. On se retrouve donc avec une comédie western tout à fait plaisante. Mais vu le roman adapté, Leigh Brackett en scénariste et Howard Hawks en réalisateur, on espérait mieux.