Le sixième long-métrage de l'Argentin Diego Lerman témoigne une fois encore de son appétence pour les sujets sociaux lesquels lui permettent de mêler approche naturaliste, presque documentaire, et fiction romanesque. Tout est question de dosage et l'histoire d'El suplemente, avec un professeur de littérature remplaçant, confronté au défi d'enseigner dans un lycée dit difficile, se complique avec la découverte d'une grande quantité de drogue dans l'enceinte de l'établissement. Il ne s'agit évidemment pas d'une version latina du Cercle des poètes disparus, même s'il y a de cela, à des moments bien précis. Mais, en définitive, le film est presque victime de ses richesses thématiques, l'amenant à une certaine dispersion, voire même à un caractère décousu. Avec la frustration de ne pas voir davantage à l'écran le fabuleux acteur qu'est Alfredo Castro, dans un personnage qui ne demandait qu'à être développé. La même remarque vaut pour la fille du professeur et sa femme, dont il est séparé. Film attachant, El suplente propose malgré tout une réflexion globale et sincère autour d'une phrase-clé : personne ne se sauve seul !, constatation qui définit assez clairement tous ses aspects. Avec un refus du spectaculaire ou du sordide tout à fait à son honneur, dans une œuvre où la tension est cependant très présente.