Elaha vous plonge à travers la vie d'une jeune femme kurde s'apprêtant à se marier. La virginité, représentée par l'hymen, fait l'objet d'une obsession dans les traditions de cette communauté (et de beaucoup d'autres, d'ailleurs). Bref, un film parfait pour sortir de sa cage de privilégié.
Seulement, comme le dit Elaha elle-même, elle n'a "plus son honneur entre les jambes" (à comprendre, elle n'est plus vierge). Dès le début du film, nous comprenons qu'une pression énorme l'écrase, tellement la virginité est mentionnée de près ou de loin dans le quotidien de cette communauté.
Une quête illusoire dont la protagoniste a tant de mal à s'accommoder. Nous voyons tous ses doutes, tous les recoins des dérives de cette obsession, et pour autant, nous voulons tellement qu'elle réussisse à se re-fabriquer un hymen. Mais par-dessus tout, on a envie de faire un câlin pour rassurer Elaha.
Tiraillée entre mensonges, volonté d'avenir, enchaînement aux traditions du passé, crise identitaire, comportements toxiques masculins...
... dont elle sera toujours la victime, et tendra l'autre joue (rassurer son fiancé après qu'il vous ait touché pour "vérifier que personne ne vous a souillé", franchement, respect Elaha).
Mais pour autant, c'est une parfaite introduction au féminisme, selon moi. Voir la vie à travers les yeux d'une femme, faisant partie d'une communauté où les discriminations homme/femme sont au plus fortes, au milieu d'une société en pleine évolution (l'Allemagne du XXIème siècle) de ce côté-là.
Quel genre de femme veut-elle être ? Traditionnelle, ou moderne ? Pure, ou révolutionnaire ? Esclave, ou libre ? Dans l'ombre d'un homme, ou la lumière de la sororité ?
Et surtout, peut-elle vraiment répondre aux attentes, si énormes, de l'honneur, tel que la société ou que sa communauté l'exige ?
Ne peut-elle pas être juste... elle-même ?