Revu pratiquement dans la foulée de la Palme VanSantienne : Elephant, ultime réalisation du génial Alan Clarke, est un choc absolu et définitif. Aboutissement formel dans la carrière du cinéaste britannique ce moyen métrage aux allures de western suburbain nous plonge dans un labyrinthe cinématographique proprement hallucinatoire d'une rigueur technique pratiquement mathématique.
Froideur plastique, virtuosité de la caméra, cadence métronomique des déplacements des figures anonymes re-présentées par Clarke : 40 minutes de perfection filmique déclinées sous la forme de 18 séquences meurtrières totalement interchangeables. De mémoire l'utilisation colossale de la Steadycam n'a guère d'équivalent ( Shining peut-être, et encore...) dans l'Histoire du Septième Art. Film de pure mise en scène savamment désincarné Elephant montre une réalité poussée à bout, sans mots ni consentement.
Au gré d'une caméra très intelligemment placée et/ou déplacée selon les situations Alan Clarke appose un regard situé à mi-chemin entre la morosité mutique de l'ouverture du Angst de Gerald Kargl ( Elephant serait presque une variation conceptuelle du chef d'oeuvre de 1983, moins "horrorshow" et de laquelle on aurait mystérieusement subtilisé la voix-off...) et l'enfer bureaucratique des romans de Franz Kafka ( petits comptables étrangement exécutés dans leur cabinet, usines paradoxalement désaffectées, diverses échoppes à travers lesquelles d'inquiétants régulateurs viennent effectuer la sale besogne...).
Lapidaire dans ce qu'il cherche pragmatiquement à ficher sous nos yeux Elephant est un conte hyperréaliste désorientant l'espace tout en concentrant avec application la durée du métrage sous la forme desdits 18 séquences. Entre équilibre et déséquilibre le dernier film de l'auteur de Scum et de Christine est un authentique chef d'oeuvre de réalisation. A voir et à revoir absolument.