- T'étais chez toi hier?
- Oui tu sais bien... Et puis ça te regarde? Merde!
Voilà pour les dialogues. Passons maintenant à l'action proprement dite.
Le film commence. Un homme marche d'un pas résolu et se dirige vers un bâtiment bas en briques rouges qui ressemble à une école. Il traverse les couloirs, longe la piscine en inspectant rapidement les vestiaires puis passe dans une autre pièce. Arrivé dans un couloir bordé de petites salles équipées de baignoires, il s'arrête dans l'encadrement de la porte de l'une d'elle, sort un canon scié et abat l'homme de ménage avant de quitter les lieux d'un pas décidé. Gros plan sur le cadavre.
Prenez maintenant cette scène, multipliez la par 20 (à peu près) et changer à chaque fois une des variables (le lieux, l'arme, le nombre de tireurs ou de victime) et vous obtenez Elephant.
Pas d'explication, pas de nom, pas de paroles (ou presque), pas de mobile apparent, pas de lien: Elephant déroute et tente de nous perdre. Alors on observe, on essaye de comprendre. On essaie de faire le lien entre ces meurtres en comparant les lieux et les modus operandi des tueurs mais tous les trois meurtres à peu près un détail change et remet en cause tout raisonnement.
Il faut bien alors se rendre à l'évidence: toute tentative d'explication rationnelle de cette série de crimes est d'avance vouée à l'échec, ne laissant au spectateur d'autre choix que de se prendre cette violence aveugle de plein fouet.
Tout le film est ainsi à l'image de son hallucinante scène de fin: gris, lent, plein d'une tension contenue qui finit par se libérer dans une explosion de violence froide et incompréhensible dont le spectateur est au final la seule vraie victime.
Restent les cadrages, impeccables, et la photo grise et sale qui retranscrit à merveille l'idée que l'on se fait de l'Angleterre de la working class.
Par contre j'ai eu beau cherché, j'ai pas vu l'éléphant.