1. Les films « GUIMAUVE » ou « À l’EAU DE ROSE » ou « CUCUL LA PRALINE » ne sont pas condamnés à être de mauvais films, et ne sont pas nécessairement naïfs ni idiots. Ella McCay est un conte très bien écrit et sa guimauverie relève surtout de son absence totale de cynisme et sa foi admirable dans la camaraderie, l’autodétermination et la collectivisation des ressources (principalement émotionnelles et relationnelles ici, mais le scénario ne cesse de faire des ponts avec diverses politiques locales comme terrains à occuper envers et contre tout). Les personnages ne sont pas choupi ni trop aimables comme j’ai pu le lire ici ou là, beaucoup ne sont pas cautionnés dans leurs actions et certains sont franchement détestables, mais ils restent filmés dignement comme par toute bonne mise en scène.
2. Puisque je viens de lire Foucault ☝️🤓, je dirais que le film analyse la façon dont le réseau blanc petit bourgeois instrumentalise son système de production et reproduction des traumatismes pour maintenir sa population dans une binarité pardon-culpabilité délétère ; le personnage d’Ella McCay parvient à prendre conscience de cette instrumentalisation pour tendre vers une plus juste représentation du pouvoir. La structure « mal organisée » du film est celle d’une société vue comme un réseau familial éclaté cherchant à recoller les morceaux. Tout le monde est pris au piège d’un régime pervers de filiation (Ella materne son petit frère, aimerait se faire paterner par son patron, doit materner son père qui lui demande de lui reprocher de ne pas l'avoir paternée...), et se retrouve donc à devoir soit se confier à l’autre, soit prendre la fuite, soit pardonner, soit se faire pardonner, boucle qui à terme isole plus qu'elle ne rassemble. Les personnages sont présentés dans leurs tocs, leurs maniaqueries et leur envie partagée de faire mieux ; ils possèdent en fait tous les outils pour changer la tendance et le film montre leurs tentatives de maîtriser ces outils et d’activer différents leviers pour sortir de leurs schémas de perversion (bien que quelques protagonistes, à la fin, stagnent dans l'échec - c'est un film idéaliste, pas naïf).