Ce sera peut-être le dernier film de James L. Brooks. Ce film qu'il essaie de porter depuis des années mais qu'il a eu du mal à financer si j'ai bien compris, à cause de l'échec cuisant de son précédent film. Celui-ci étant un nouvel échec, moins catastrophique peut-être, le film ayant coûté moins cher je crois, je ne suis pas sûr qu'un producteur voudra lui redonner sa chance. Sauf si éventuellement il parvient à sortir Nicholson de sa retraite... mais je n'y crois pas.
Et c'est triste parce que ce film est excellent. mais l'échec est compréhensible, tant il diffère de ce qui est produit actuellement par les grands studios. C'est un vrai film à personnages. Pas juste des gars en slip qui se tambourinent la gueule en boudant pour faire croire à une quelconque complexité psychologique (pire, certains appellent ça de la subtilité LOLLLL). Non, des personnages qui ont des aspirations, qui vont se confronter à la vie et qui vont essuyer des revers parce que la vie n'est pas toujours rose. C'est bien écrit parce que l'auteur arrive à créer des personnages vivants et complexes en quelques lignes. Et les dialogues sont tellement bien écrits. Il y a un côté naïf, ça fait penser aux vieux films, parce qu'il y a de la bonté dans Ella McCay par exemple et qu'elle peut dire les choses les plus niaises au monde, comme dans un Capra. Mais ça marche.
Ce qui m'a le plus perturbé, c'est à quel point le film est Aldrichien ! Peut-être pas autant que je l'aurais voulu, Brooks n'aborde pas la sexualité des personnages, ne touche pas trop au tabou. Mais il propose des scènes qui reposent sur de longs échanges entre les personnages. Certaines scènes sont très longues dans le sens où l'on décortique tout par le verbe, les conflits aussi passent par les dialogues. Mais ce n'est jamais pénible à suivre.
J'ai lu à plusieurs reprises que le film n'avait rien d'actuel, sans doute parce qu'il avait été écrit en 2009, l'histoire se déroulerait d'ailleurs à cette époque là. Je ne suis pas d'accord, le film est très actuel, de par la façon dont on parle politique. Bien sûr il n'y a pas les excès de Trump, d'ailleurs dans ce film on se choque d'une relation sexuelle dans un cabinet, c'est vrai que de nos jours il en faudrait plus pour que ce soit un problème, les républicains ont repoussé les limites de l'obscène... mais il y a malgré tout un système politique toujours actuel, celui des faux semblants, des fausses promesses, des trahisons, des intérêts hypocrites. Et puis surtout, le film est très féministe, nous renvoie souvent à un patriarcat étouffant : le petit mari veut profiter du succès de l'héroïne, le père se comporte comme un connard envers les femmes, le mentor de l'héroïne la laisse un peu beaucoup tomber quand même et enfin, pas sûr que les tourments qu'elle doit gérer, avec cette charge mentale énorme (carrière, petit frère, mari) auraient été les mêmes si le personnage avait été un homme.
La mise en scène est simple sobre, mais avec aussi de chouettes plans, de belles compo. On sent que ce n'est pas une prod Netflix avec toujours la même texture dégueulasse. La photographie joue des contrastes, les décors sont bien exploités, le découpage est pertinent et dynamique, le montage est fluide et adapté au scénario. Les acteurs délivrent de très bonnes performances, très dans l'emphase, c'est limite cartoonesques parfois, mais les acteurs s'en sortent bien et ne paraissent jamais ridicules.
Bref, c'est un excellent film. Et je m'aperçois que je n'ai pas encore creusé la filmo de Albert Brooks réalisateur ! Il serait temps que je m'y mette !