En voilà un drôle de film, mais pas forcément dans le bon ni le sens premier du terme. Il faut préciser qu’on n’avait pas vu le vieux briscard hollywoodien James L. Brooks depuis plus de quinze ans et le bide stratosphérique de sa comédie dramatique « Comment savoir ». Un film qui avait coûté la bagatelle de 125 millions dollars! Oui vous avez bien lu. Une somme pareille en 2009 pour un film de ce type était une complète anomalie. Mais en regardant de plus près, le réalisateur a peu filmé (seulement sept longs-métrages en plus de cinq décennies) et ses seuls faits d’armes mémorables demeure son premier film « Tendres passions » et son gros succès à Oscars « Pour le pire et pour le meilleur ». Un film pourtant très moyen qui avait charmé surtout l’Académie et les États-Unis et servait de véhicule à l’ego de Jack Nicholson, son plus fidèle acteur (trois films ensemble). Le revoilà, désormais octogénaire, de nouveau avec un film oscillant entre comédie de mœurs, romance et drame avec, cette fois, un léger fond politique. Et qui se déroule en 2008, comme si le cinéaste était resté bloqué à l’époque de son énorme bide (et accessoirement dernière apparition de Nicholson au cinéma). Ces précisions permettent peut-être de comprendre en quoi « Ella Mccay » semble appartenir à une autre époque, désormais révolue...
Pourtant ici, on est très loin d’être dans une forme de nostalgie volontaire. Pas plus qu’on ne se replonge avec un quelconque plaisir dans les décors, la mode ou les tendances d’une époque particulièrement mémorable. En effet, le film se déroule l’hiver, principalement à l’intérieur de< maisons anodines et du capitole de l’État, donc il ne cherche aucunement à recréer quelque chose ou faire ressentir une sensation de Madeleine de Proust. On sort de la crise des subprimes et c’est avant MeToo, le wokisme ou la montée des populismes. Il est donc pertinent de se demander pourquoi Brooks a choisi de situer son histoire à ce moment-là. Ce que ça apporte. Et, de notre avis, strictement rien. En revanche, « Ella Mccay » semble être resté figé à cette époque dans la manière de dérouler son histoire, comme un film qui aurait fait un voyage dans le temps tant tout cela nous semble désuet pour ne pas dire périmé. On assiste à un long-métrage bizarrement hors du temps et qui, ce qui n’arrange rien, ne dresse quasiment aucun pont avec notre époque que ce soit dans son discours sur le féminisme ou sur le pouvoir. Tout ce que raconte ce long-métrage semble donc tristement appartenir à un autre temps...
Si durant le premier tiers du film, on trouve cela sympathique et qu’on se glisse gentiment dans ce film cocon agréable, cela va vite changer. En effet, sur la durée, « Ella Mccay » ne va pas renouveler ses enjeux et se perdre dans des sous-intrigues particulièrement inintéressantes comme en premier lieu celle mettant en scène le jeune frère du personnage principal. Les dialogues deviennent de moins en moins pertinents et le mélange entre comédie et film sérieux ou dramatique n’est pas toujours du meilleur effet. Quant à l’aspect politique, c’est traité de manière bien trop superficielle et inconséquente pour avoir un quelconque impact. Reste une belle galerie de seconds rôles dominée par une Jamie Lee Curtis exceptionnelle et le premier vrai grand rôle d’Emma Mackey dans un film américain. On conclura sur cette drôle de similitude entre le titre (du nom de personnage principal) et le patronyme de l’actrice britannique. Comme si Brooks était tombé amoureux de la comédienne et était sorti de la retraite pour lui offrir son premier grand rôle hollywoodien. Sauf que, encore une fois, le cinéaste est resté coincé en 2008... Bref, c’est bof et complètement suranné.
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