Le ton nous est donné dès la première scène d'ouverture du film, à dire vrai avant même la fin du générique, bruits de vaisselles cassées, de lutte, des gémissements, un viol est commis et tel le chat qui assiste impassible à la scène, Paul Verhoeven le hollandais violent nous annonce qu'il n'a rien perdu de son mordant.


Cependant, le traumatisme qui pourrait découler de cette scène est tempéré par le choix d'en montrer que la fin, le reste n'étant que suggéré par le hors champ, jouant avec nos instincts voyeurs comme le chat joue avec ses proies. Stratagème vicieux mais extrêmement malin, car lors du flash back à venir qui sera cette fois filmé plein cadre, le réalisateur d'une part insiste sur l'obsession de la victime pour son agresseur, d'autre part alors que nous pensions que le pire était passé notre soulagement est annihilé et le viol commis cette fois totalement sous nos yeux, questionne nos attentes et nos vicissitudes.


Pourtant la réaction, très calme et posée de la victime après cette agression à son domicile est dissonante. Elle remet de l'ordre de façon organisée et quand enfin elle se lave, ce n'est pas la douche purificatrice mais l'eau stagnante d'un bain qu'elle choisit. De là découlera l'ambigüe relation entre fascination érotique et froide vengeance que Michèle la victime entretiendra avec son bourreau.


Verhoeven ne nous présente pas le film d'une reconstruction psychologique après un drame, mais il nous plonge avec un certain cynisme dans les relations troubles d'une brochette de personnages, qui ne sont pas sans rappeler ceux des satires antibourgeoises de Claude Chabrol faisant au passage voler en éclats les poncifs moraux qui sclérosent les productions françaises depuis quelques temps.


De satire sociale il est bien question, le milieu social aisé où l'action prend place montre ses arrangements avec les notions de morales et le personnage finalement le plus en phase avec ses principes est présentée comme une bigote rétrograde, puritaine et traditionaliste pour qui les autres n'ont que mépris ou condescendance. Mais c'est surtout un thriller psychologique qui nous est montré, un thriller où le personnage de la victime, trouble tant dans son attitude et ses réactions que dans l'origine de celles-ci et qui nous sera dévoilé au moment opportun, un rôle admirable composé par une Isabelle Huppert stupéfiante. Personnage en trompe l'œil qui impressionne par sa franchise et son franc-parler mais qui interroge nos perceptions et nos a priori sur ce que devrait être le comportement d'une victime de viol. Ambigüe comme pouvait l'être le personnage de Catherine Deneuve dans ''Belle de jour'' qui me semble avoir été une influence importante pour Verhoeven pour son film.


Ce film mettra en colère tous ceux qui refusent la complexité des rapports humains et qui voudraient cantonner chacun à son rôle et à ses attitudes dictés par sa place et son statut social, mais de cela il n'est pas question ici et il nous faudra admettre l'octogénaire qui se complait à coucher avec des jeunes hommes, la copine névrosée qui ne s'aperçoit pas que son mari couche avec sa meilleure amie, l'ex mari pleurnichard ou le jeune idéaliste qui en plein déni ne réalise pas que son fils ne peut pas être de lui et qui tous gravitent autour de Michèle qui pourtant ne s'encombre pas de manières pour secouer tout ça et les placer face à leurs contradictions eux pourtant si prompts à lui expliquer quelle réaction elle doit avoir suite à son viol.


Une vision savoureuse et caustique d'un cinéaste qui après avoir égratigné le cinéma batave, après avoir dynamité le cinéma hollywoodien pourrait pour notre plus grand plaisir mettre un bon coup de pied au cul du cinéma français.

Créée

le 28 mars 2026

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