7
514 critiques
Désir meurtrier
Le contrôle et la manipulation sont des thèmes récurrents dans les films de Paul Verhoeven notamment quand ce dernier s’entoure de personnages féminins comme l’étaient Nomi (Showgirls) ou Catherine...
le 26 mai 2016
Il ne manquait pas grand-chose pour que l’on puisse considérer « Elle » comme un chef d’œuvre. Le choix de Laurent Lafitte (très peu convaincant) et quelques facilités viennent ternir l’éclat de ce bijou d’une implacable rutilance, drôle, à l’écriture ravageuse !
« Elle » est un film tape à l’œil. En suivant Michèle, l’on entre dans un univers où tout tend à la superficialité juvénile. Aucun adulte n’est vraiment responsable, tous sont pour le moins instables, Michèle d’abord, mais je vais y revenir, sa mère qui entretient des relations vénales avec un jeune homme sans le sou, le fils qui n’a guère dépassé les douze ans d’âge mental, l’ex qui s’est perdu de vue depuis leur rupture, l’amie et associée adulescente transie… C’est un monde presque factice et virtuel (Michèle tient une agence de création graphique de jeux vidéo), où l’apparence est prédominante (on voit à l’écran un nombre incroyable de marques de luxe) où l’émotion semble n’être que réactionnelle, souvent à contrario. Le décor planté, le rideau peut s’ouvrir sur le petit théâtre de la grande manipulation.
Cette référence à la scène n’est pas totalement innocente, puisqu’ici le verbe est haut placé, et l’articulation des répliques donne le rythme à l’action. Les personnages sont manipulés et malmenés jusqu’à l’exagération. Les situations quant à elles, anodines ou troubles, sont traitées à un même niveau de dramaturgie. Ainsi le passé « lourd » de Michèle est diminué, tout comme son agression, rien qui puisse couper l’appétit (les scènes de table sont des scènes clés). Cette distanciation moqueuse est l’apanage de la satire. « Elle » est une satire sociale, virulente et percutante. Chacun évoluant dans son univers intérieur clos, réfutant par confort l’évidence (adultère, mort, paternité…). Mais quand la réalité vient se cogner à ces vies fantasmées, c’est le drame ou presque.
Et le personnage de Michèle devient de fait emblématique. La psychose dont elle souffre influe sur tout son entourage, et diffuse petit à petit une espèce de poison aussi invisible qu’indolore (au moins de prime abord). Elle vampirise son entourage, il en va de sa survie. La complexité d’esprit de cette femme est extraordinaire et bluffant. La « créature » de Dijan est ici transcendée par David Birke (scénariste) mais surtout par Isabelle Huppert. Elle atteint le summum en mante religieuse d’apparence si fragile. C’est un peu comme si elle était allée chercher toutes les ressources de sa brillante carrière pour faire vivre Michèle. Qui de « Violette Nozière » à « Coup de torchon », de « La Cérémonie » à « L’avenir » en passant par « Loulou » ou encore « Gabrielle », offre un florilège de son talent, qui aurait du être couronné à Cannes, si le Palmarès avait été moins diplomatique. Elle a la beauté et l'aplomb des grandes figures féminines de légende du grand Hollywood, Davis, Crawford ou encore Tierney !
Paul Verhoeven quant à lui, s’amuse, il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il dispose d’un vrai scénario (ce qui n’était pas le cas de « Basic Instinct », le comparatif entre les deux films serait d'ailleurs intéressant). Sa mise en scène est très enlevée, ses cadrages d’une rare précision sont imperceptibles et se placent toujours au service de l’histoire. Seules quelques scènes restent un peu flemmardes au regard du reste (la confrontation finale Michèle/Rebecca par exemple qui tient plus de « Petits secrets entre voisins »). Mais son sens de l’équilibre quant à lui est retrouvé !
« Elle » est un très bon film, amer et pourtant si réjouissant !
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2016, Les meilleurs films avec Isabelle Huppert, Souvenirs de Cannes 2016, Si j'étais Président des Césars en 2017 et César du Meilleur Film (2017)
Créée
le 29 mai 2016
Critique lue 630 fois
7
514 critiques
Le contrôle et la manipulation sont des thèmes récurrents dans les films de Paul Verhoeven notamment quand ce dernier s’entoure de personnages féminins comme l’étaient Nomi (Showgirls) ou Catherine...
le 26 mai 2016
5
1226 critiques
Évidemment qu’on salivait, pensez donc. Paul Verhoeven qui signe son grand retour après des années d’absence en filmant Isabelle Huppert dans une histoire de perversions adaptée de Philippe Djan,...
le 27 mai 2016
5
305 critiques
On pourra sans doute évoquer une manière de féminisme inversé et très personnel – à peine paradoxal chez Verhoeven : on se souvient de la princesse de la baraque à frites dans Spetters, qui essayait...
le 3 juin 2016
8
1140 critiques
Ce n'est pas sans un certain plaisir que l'on retrouve le juge d'instruction Anne Gruwez qui a déjà fait l'objet d'un reportage pour l'émission Strip-tease en 2011. Sept ans après, ce juge totalement...
le 12 févr. 2018
10
1140 critiques
Qu’il est difficile d’appréhender un avis sur une œuvre dont la fiction se mêle aux souvenirs de mon propre vécu, où une situation, quelques mots ou bien encore des personnages semblent tout droit...
le 24 août 2017
9
1140 critiques
Indiscutablement « Tale of tales » sera le film le plus controversé de l’année 2015, accueil mitigé a Cannes, critique divisée et premiers ressentis de spectateurs contrastés. Me moquant éperdument...
le 3 juil. 2015
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème