Emancipation
6.2
Emancipation

Film de Antoine Fuqua (2022)

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Plus raciste qu'un Sudiste ? Une petite fille sudiste.

C'est pas souvent que je mets un 2, c'est même rare. Mon 2 est une note de consternation. Ce film, imprégné de religion et peu soucieux de réalisme, nous entraîne sur les traces de Peter, un esclave en fuite qui va lutter pour sa survie en essayant de rejoindre l'armée des Nordistes. Difficile d'avoir peur pour la vie d'un héros dont on sait qu'il va survivre quoi qu'il arrive, puisqu'il semble cumuler la double casquette d'élu de Dieu (on y fait référence d'un bout à l'autre du film) et de super héros.

On a le droit de prendre des libertés avec une histoire vraie, tous les films le font. Mais ça n'empêche pas le réalisateur de faire un film crédible et cohérent, ce qui n'est pas le cas ici.


Après s'être enfui d'un camp de travail digne de La Liste de Schindler (avec Jim Fassel en guise d'Amon Goeth), Peter doit survivre dans la forêt et les marais infestés d'alligators. Et c'est parti pour un festival d'épreuves incroyables : Il tue un gros alligator avec son petit couteau dans un marais aussi éclairé qu'un aquarium, il patauge dans ce bouillon de culture pendant plusieurs jours sans choper d'infection, il trouve toujours des endroits miraculeux (Dieu est avec lui !) où il peut manger et même une barque qui va lui permettre de voyager sur la rivière, il retrouve - miraculeusement encore - un de ses potes en fuite dans la forêt... Quant aux poursuivants, ils sont encore plus vernis. Jim Fassel, le chasseur d'esclaves en fuite, tombe miraculeusement - Dieu serait aussi avec lui ? - sur des traces de sang en plein milieu de la forêt et même privé de ses chiens, il arrive toujours à être sur les talons du fuyard. On ne peut s'empêcher de penser à Rambo ou Apocalypto, sauf que le Rambo de ce film, ben il est quand même bien aidé par son pote là-haut qui a décidé de le suivre lui et personne d'autre. Aide-toi et le ciel t'aidera, c'est ça ?

On croit que c'est le glaçant Jim Fassel (Ben Foster) qui est le méchant du film, mais on se trompe. Le cruel et froid Jim Fassel n'est rien à côté de la petite fille de planteurs qui, au cours d'un repas avec sa famille sur la terrasse de sa grosse maison, se dresse telle un crotale, ses yeux bleus illuminés par la haine, et hurle en boucle "Fuyard ! Fuyard !" en désignant du doigt Satan - euh non, Peter qui accessoirement a eu la drôle (débile) d'idée de s'approcher d'une maison de planteurs pendant sa fuite. Les voies de Dieu sont vraiment impénétrables ou Dieu est con par moments... En tout cas, Fassel peut aller se rhabiller ! Cette gamine, avec son regard de possédée, m'a fait plus peur que Damien dans La Malédiction. Ce ne sont pas seulement les adultes blancs qui sont méchants, mais aussi leurs enfants, merci de nous le rappeler M. Fuqua (quel nom, quand même...). La gamine a été bien choisie (ou arrangée ?), elle est repoussante. Les enfants de planteurs sont non seulement bouffis de haine mais moches. Je voudrais pas être à la place de la petite actrice... Je crois que Fuqua ne pouvait pas aller plus loin que ça dans le grotesque. Mais justement pour cette raison, je crois que c'est ma scène préférée. Elle résume ce que je pense du film.

Jim Fassel, le méchant désigné du film, est décevant, parce qu'il ne fait pas grand-chose, à part se balader à cheval et trouver sans se fatiguer plein d'énormes indices dans une immense forêt. Et sa confrontation finale avec Peter est encore plus décevante. Peter est TRES mal barré, mis en joue par Fassel, mais il est sauvé in extremis par un soldat nordiste. Pas un soldat blanc, non. Par un soldat noir, évidemment. Pour un esclave noir qui fuit l'esclavage blanc, ça l'aurait foutu mal d'être sauvé par un blanc, non ? La cohérence, toujours la cohérence. C'est le gros problème du film : obsédé par son message, Fuqua en a oublié la cohérence de son film.

En matière d'incohérence, il y en a une qui m'a bien énervée : la femme de Peter qui parle alternativement en anglais et en créole à ses enfants, ça passe. Mais quand elle choisit l'anglais pour leur parler de fuite en plein champs de coton, ça passe pas. Comment on peut pondre un truc pareil ?

Après avoir survécu à l'enfer des marais, Peter se fait enrôler dans l'armée américaine. S'ensuit une scène d'assaut grandiose du peloton de Peter vers les canons de l'armée confédérée, ridiculisée par une musique pompière à la Zimmer. A croire que Peter a gagné la guerre de Sécession à lui tout seul ! Dommage que Fuqua se soit limité au racisme des sudistes et n'ait pas montré celui des nordistes, ça aurait été intéressant. Mais ça n'intéressait pas Fuqua apparemment.


Ben Foster ne se casse pas trop la tête en la jouant sadique imperturbable. Son calme glacial est censé faire peur, mais bof ! Il aurait fallu plus de confrontations avec Peter. Son comportement est tellement peu crédible qu'il est plus pathétique qu'autre chose. Un chasseur d'esclaves ne s'emmerderait pas à poursuivre un seul esclave pendant dix jours sur des dizaines de kilomètres. A croire qu'il était obsédé par lui, mais pour quelle raison ?

Passons à Will Smith... Hum... J'ai parlé dans une critique de l'absence d'expressivité de Jason Statham. On n'en est pas loin, là. Pendant tout le film, Smith a le même visage renfrogné, la bouche crispée et les sourcils froncés. Qu'il ait peur, qu'il souffre, qu'il enrage ou qu'il tienne tête aux blancs, il garde le même visage. Et pourtant, ce ne sont pas du tout les mêmes situations. Il se déride légèrement à la fin. Est-ce que je parle de son accent censé venir d'Haïti et qui ressemble à celui d'un Français moyen qui essaie de parler anglais ? Non.

Visuellement, j'ai détesté cette extrême désaturation des couleurs, cet étrange noir et blanc qui n'en est pas un puisque la végétation reste vaguement verdâtre. J'avais l'impression que les paysages étaient en CGI. Ça m'a gênée pendant tout le film. C'était quoi l'idée ? Ça donne une impression d'irréalité à l'histoire, en complète contradiction avec la volonté de raconter une histoire vraie.

Finalement, j'ai aimé quoi ? Ben...


Mairrresse
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le 16 août 2026

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Maîrrresse

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