A son âge et avec la renommée qui est la sienne, Jacques Audiard aurait pu la jouer cool, avec un thriller hexagonal dont il maîtrise tous les codes. C'est mal connaître l'animal qui s'est imposé de nouvelles limites avec ce Trans Narco Express qui mélange pas mal de genres, dont la comédie musicale, et raconte une histoire qui aurait pu vite tomber dans le pittoresque grotesque sans le savoir-faire, la témérité et le talent, cela va sans dire, du réalisateur. Les trois femmes de son casting (disons quatre, et l'on n'en parle plus) sont littéralement époustouflantes, ce qui valait bien un prix collectif d'interprétation à Cannes. Doté d'un rythme trépidant, au fil d'une intrigue qui ne cesse de se renouveler, Emilia Pérez s'appuie sur un portrait sans fards de la violence mexicaine, ce qui n'est certes pas inédit au cinéma mais la manière dont Audiard s'empare du sujet, âprement mais surtout humainement, force le respect, sans que le cinéaste abandonne l'idée de rester fidèle à son projet d'innover par la forme, y compris lorsqu'elle se fait ludique. Au fond, pour n'importe quel film, la même question peut se répéter : quelles sont les scènes inutiles, de celles qui, supprimées, auraient donné davantage de dynamisme ? Dans le cas d'Emilia Pérez, l'on peut aisément répondre : aucune !