Une avocate qui travaille pour le chef d'un gros cartel mexicain va l'aider à fuir afin d'effectuer sa transition de genre. Devenue une femme sous le nom de Emilia Perez, elle va vouloir faire le bien autour d'elle, de sa femme, ses enfants, mais surtout de réparer le tort qu'elle a causé via une association de victimes de cartels. Mais le passé ne disparait jamais vraiment...
Depuis ses débuts avec Regarde les hommes tomber, Jacques Audiard est devenu un des meilleurs réalisateurs français actuels, car il ne va pas vraiment là où on l'attend. Car je me souviens d'une archive où il disait ne pas aimer les comédies musicales, et là, même s'il n'y a rien de drôle dans le film, on entend plusieurs chansons, pour une histoire qui parle non seulement d'amour mais surtout de violence, les deux revenant souvent dans le cinéma d'Audiard. Je ne m'attendais à aimer autant, à admirer des actrices formidables (le trio Zoe Saldana, Karla Sofia Gascon et Selana Gomez n'a pas volé leur prix à Cannes), à frissonner devant les chansons dont une reprise espagnole des Passantes de Georges Brassens. Mais aussi la mise en scène d'Audiard, dont la chanson où Zoe Saldana chante autour d'une assistance qui se fige le temps de refrains : d'ailleurs, son passage vers les Olympiades, son film précédent, lui a certainement servi pour aller davantage dans l'émotion plus frontale, celle d'une mère qui aime à la folie ses enfants, mais qui garde en elle ce passé de violences, qui va en quelque sorte lui revenir à la figure.
Depuis ses débuts derrière la caméra, je ne vois aucune fausse note dans ses films, que je trouve réussis pour la plupart (le sommet restant De rouille et d'os), et Emilia Perez conjugue cette liberté qu'il a de faire ce qu'il veut, à partir d'un canevas qu'il ne connait pas, d'un genre qu'il apprécie peu, mais de donner quelque chose de formidable.