En avant
6.8
En avant

Long-métrage d'animation de Dan Scanlon (2020)

Le travail des Studios Pixar a été fondamental durant un peu plus d'une décennie dans l'histoire du cinéma d'animation, d'une importance presque aussi grande que celui des Studios Ghibli. Plus critique encore, leurs films ont accompagné notre vie, et / ou celles de nos enfants d'une manière unique, bien au-delà de ce qu'on attend communément du cinéma de divertissement. Une fois Pixar absorbé par la multinationale Disney, nous n'avons plus eu droit qu'à quelques éclairs du vieux génie, au milieu de films de plus en plus... ordinaires. Jamais vraiment mauvais (encore que "Cars 2", "Monstres Academy 2", "Arlo" ou "Dory" n'en sont pas si loin...), mais rarement au niveau du passé. Du coup, chaque sortie d'un nouveau Pixar est un moment de doute, de remise en question, presque de déchirement.


"En Avant", reconnaissons-le tout de suite, est un Pixar moyen. Un film d'animation correct, sauvé in extremis par dix "minutes Pixar" à la fin, où la complexité et la justesse des émotions renvoient au meilleur du travail du Studio, même si la magie de la fameuse scène (que nous ne spoilerons pas, mais que tout le monde reconnaîtra...) est un peu gâchée par le dialogue qui suit, explicitant à la manière Disney ce qui n'en avait nul besoin. Car, et cela nous dévaste l'âme de le dire, "En Avant" est plus un très bon film Disney qu'un Pixar, avec son insistance sur un humour permanent ciblant clairement les enfants, et son stakhanovisme de scènes d'action et d'aventure incessantes, laissant peu de répit et de respiration au spectateur. Pire, "En Avant" est le premier Pixar LAID, à la manière dont à peu près tous les films de la maison Disney depuis un demi-siècle sont d'une laideur affligeante : cette laideur kitsch et agressive, tellement américaine, qui conditionne, film après film, nos chères têtes blondes (ou brunes).


Alors que reste-t-il (de nos amours) ? Un concept intéressant - c'est à cela qu'on reconnaît un Pixar, non ? - qui déplore la manière dont la technologie nous a peu à peu dépouillés de nos talents "naturels" (Qui utilise encore sa mémoire aujourd'hui pour se souvenir de numéros de téléphones pourtant composés plusieurs fois par jour ? Qui essaie de s'orienter dans l'espace ou même de mémoriser des trajets sans son GPS ? etc.). Un film qui montre aussi combien la mercantilisation de notre propre "image", de notre personnalité a vidé celles-ci de leur "sens profond"... Et qui suggère que nous fassions l'effort de retrouver ces capacités perdues, comme ici les fées réapprennent à voler (une très belle idée...). Bien sûr, comme on est aux USA, pas d'appel à la révolte, mais plutôt à un réveil individuel, qu'on voit quand même difficilement changer le monde en profondeur... Par contre, on déplorera que la réflexion sur la mort, qui nourrissait aussi richement l'excellent "Coco", soit ici seulement esquissée, mais on comprend que "En Avant" ne pouvait multiplier les thèmes : il y en a déjà beaucoup ici, sans doute trop, même...


Au final, on ne s'ennuie pas devant "En Avant', on ne sent pas traités comme des imbéciles comme c'est le cas devant 99% de la production concurrente, on échappe toujours (miracle !) à l'horreur du second degré et des "références pour adultes"... Bref, qui sommes-nous pour oser cracher sur cette petite bénédiction qu'est un bon film pour enfants ? N'oublions pas qu'en face, il y a "Trolls 2" de Dreamworks qui essaie de convaincre nos enfants que les rockers sont le Mal absolu, parce qu'ils veulent détruire le monde enchanté de la pop et du RnB...


C'est seulement que nous devrions absolument revoir à la baisse notre niveau d'attente pour le prochain Pixar, "Soul", prévu dans quelques mois seulement... Et pourtant...


[Critique écrite en 2020]
Retrouvez cette critique et bien d'autres sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2020/03/08/en-avant-que-reste-t-il-de-nos-amours-pour-les-studios-pixar/

Eric-Jubilado
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 8 mars 2020

Critique lue 1.5K fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 1.5K fois

28
8

D'autres avis sur En avant

En avant

En avant

8

Walter-Mouse

le 7 mars 2020

Suivre

Au nom du père

À nouvelle décennie, nouvelle ère et nouveau départ pour Pixar Animation Studios. Désormais séparés de leur père fondateur, les magiciens de la 3D voguent vers des horizons inconnus avec un tout...

En avant

En avant

6

Behind_the_Mask

le 7 mars 2020

Suivre

A kind of tragic

Pixar semblait encore une fois tenir un sujet en or, sortant des sentiers battus, irrigué de toute l'émotion dont le studio est capable. Et puis, cela semblait parler de magie. Cela semblait mettre...

En avant

En avant

6

Eric-Jubilado

le 8 mars 2020

Suivre

Great expectations

Le travail des Studios Pixar a été fondamental durant un peu plus d'une décennie dans l'histoire du cinéma d'animation, d'une importance presque aussi grande que celui des Studios Ghibli. Plus...

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

le 15 sept. 2020

Suivre

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

le 29 nov. 2019

Suivre

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

1917

1917

5

Eric-Jubilado

le 15 janv. 2020

Suivre

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...