Le duo Kervern–Delépine a pris la relève d’un certain cinéma hexagonal aujourd’hui disparu, puisqu’ils s’inscrivent clairement dans la veine de Jean-Pierre Mocky. Ils en semblent les dignes successeurs : Ce en même temps lui ressemble furieusement. Pour être plus hype, certains diront que ça tire du côté de Kaurismäki. La critique a toujours regardé Mocky de haut tout en adulant Kaurismäki, alors que leurs cinémas se ressemblent beaucoup ; l’un bénéficie simplement d’un exotisme que l’autre n’a pas.
Ce cinéma est fait de bric et de broc. Comme chez les deux réalisateurs précités, les films de Kervern et Delépine regorgent d’idées, mais ils les entassent dans un grand sac sans jamais trier, ce qui donne un résultat ultra foutraque. L’image et les plans sont franchement laids. Le budget est certainement serré, mais cela n’empêche en rien d’avoir une vision esthétique plus exigeante. Les plans cadrés sur des éléments de décor rappellent du Dupontel — encore un membre de la même famille, plein d’idées mais qui ne sait pas toujours comment les mettre en place. Quant aux plans ultra serrés sur la voiture, ils sont simplement affreux.
Le film est amusant, mais les acteurs sont trop souvent laissés en roue libre. Quand VDB nous sert son personnage neuneu ce n’est vraiment pas ce qu’il fait de mieux ; François Damiens reste, lui, dans son registre habituel. Et comme chez Mocky, on croise toute une galerie de gens qui n’ont manifestement pas l’habitude d’une caméra : des passants attrapés au hasard, des invisibles promus figurants. Le mélange entre acteurs professionnels et personnes lambda donne au film un ton bancal.
Les gars ont des choses à dire et à montrer, mais ça tient difficilement sur 1h40. Le rythme n’est pas bon : c’est long, très long. Dommage que ce soit si mal construit et mal travaillé ; il y a des idées, mais l’ensemble peine vraiment à se concrétiser. Si tout le monde en prend pour son grade, ce n’est qu’en surface. Ce en même temps ressemble au devoir mal appliqué d’un mauvais élève, et malgré le nombre de films derrière eux, rien ne semble s’améliorer.