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Je ne pense pas, donc je m'ennuie

Adam (encore le génial Jake Gyllenhaal) est un professeur d'Histoire sans histoire, menant une vie bien ancrée dans une routine entre correction de copies et sexy time sans passion avec sa fiancée (Mélanie Laurent et ses seins français). Mais Adam dynamite son train-train quotidien suite au visionnage d'un simple DVD où il découvre son double parfait alors acteur de seconde zone. Profondément troublé par cette trouvaille, Adam développe une obsession pour Anthony (son double) et la femme de ce dernier.

Adoptant un rythme similaire à celui de Prisoners, Enemy se veut lent, à la limite contemplatif, où le scénario se dévoile par bribes. Dans un Toronto passé au filtre Instagram Sépia, on suit la routine d'Adam puis sa descente en enfer avec la découverte d'Anthony. Sosies ? Jumeaux séparés à la naissance ? Schizophrénie ? Denis Villeneuve s'amuse avec le spectateur et brouille davantage les pistes à chaque nouveau plan. A cette quête d'identité s'ajoute un sous-texte sur le désir de contrôle des dictatures, les rapports homme-femme au sein d'un couple, et... la symbolique de l'araignée ?!

Obscur, Enemy l'est sans aucun doute ! Devant les différents indices laissés par le réalisateur, il revient aux spectateurs de recoller les morceaux puis de décoder la fresque avec les maigres clés de lecture. Et c'est peut-être là que Denis Villeneuve perd son public : son oeuvre peine à être déchiffrée et regorge de symboles, métaphores, paraboles et autres effets de style qui vous laisseront sur le carreau si vous n'avez pas le bagage nécessaire avant d'entrer dans la salle.

En dehors de ce plaisir intellectuel de décoder les signaux envoyés par le réalisateur, le film repose sur peu de choses (logique puisque Denis Villeneuve a déclaré lui-même que Enemy devait être pris comme un film énigme). Le mince scénario peine à captiver et l'action est aux abonnés absents. On peut tout de même saluer la performance de Jake Gyllenhaal, tantôt frêle professeur, tantôt acteur prédateur. Mais le sentiment de passer à côté du film, de ne pouvoir saisir toute l'ampleur du propos finit par lasser.

Alors on demande à Google le sens de cette foutue fin, on recherche la signification de tous ces symboles et on découvre avec stupéfaction que même ce traitement jaune pisse de l'image à un sens... On se sent con, on se demande si on est pas plus débile que la moyenne, et on finit par se rassurer en se disant que c'est le réalisateur qui s'est lancé dans un petit kiff perso tout en oubliant que son film allait être regardé par de simples mortels ignares.

Enemy est un étrange film, réfléchi mais presque autiste. Une oeuvre qui s'apprécie davantage le nez dans les recherches que devant l'écran de cinéma, et certainement bien plus agréable à regarder une fois toutes les clés en main. Frustrant !
Aerik
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5 commentaires

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