Le casting d'"Enragés", composé de jeunes acteurs prometteurs (Guillaume Gouix, Franck Gastambide, François Arnaud) et de quelques valeurs sûres (Virginie Ledoyen, Lambert Wilson, Laurent Lucas), était parvenu à susciter chez moi un certain intérêt, parallèlement à l'espoir de voir un bon film de genre à la française.
En effet, le réalisateur Eric Hannezo (à l'origine homme de télévision, spécialiste du reportage sportif passé par France Télé et TF1) s'essaie au remake d'un film de Mario Bava ("Cani Arrabbiati"), l'un des meilleurs artisans du cinéma d'exploitation italien.
Hélas, on comprend vite que "Enragés" ne tiendra pas ses promesses de film intense et généreux.
Narrant la cavale meurtrière d'un gang de braqueurs traqué par les forces de l'ordre, ce premier long-métrage d'Hannezo ne s'avère ni véritablement oppressant et encore moins divertissant.
La faute d'abord à une somme d'invraisemblances et de facilités scénaristiques, qui finissent par se révéler fatigantes.
Plus grave encore, la direction d'acteurs apparaît cruellement défaillante, la plupart des comédiens se montrant au mieux maladroits et approximatifs (Gouix, Wilson), au pire transparents (Ledoyen, Lucas), pas aidés il est vrai par une écriture sans relief et des dialogues souvent insipides.
A la limite, ce sont Frank Gastambide et François Arnaud qui s'en sortent le mieux, dans la peau de personnages antipathiques mais légèrement plus complexes.
Les situations improbables et/ou convenues se succèdent ainsi tout au long d'une journée interminable, scandées par un décompte horaire qui fait figure de gadget.
On a longtemps la sensation que le film ne va nulle part, mais heureusement le dernier quart d'heure vient légèrement infléchir cette impression, avec enfin une ou deux scènes marquantes, et un dénouement relevé par un twist certes tardif et un peu artificiel, mais bienvenu pour donner du sens à l'heure et demie qui vient de s'écouler.
Bref, même si "Enragés" s'achève sur une bonne note, l'ensemble apparaît raté et ennuyeux, à peine relevé par une mise en scène soignée, qui semble chercher son style entre hommage au cinéma italien des seventies (le générique d'ouverture) et savoir-faire à l'américaine. D'ailleurs le film se déroule au Canada (production franco-canadienne), sans que le contexte local ne semble apporter grand-chose au récit, hormis cette Fête de l'ours assez improbable.