L'italienne Lorenza Mazzetti était la seule réalisatrice du groupe fondateur du programme/mouvement Free Cinema.
Ce film est une représentation moderne de la vie ouvrière britannique. On y voit des lieux bombardés pendant la guerre, des rues étroites où la misère a domicile, des entrepôts surchargés et labyrinthiques, des terrains de ruines devenus terrains de jeux pour les enfants, les marchés, les pubs comme unique divertissement où la population se retrouve, etc. Mais tous ces paysages s'inscrivent dans une approche expérimentale : absence de dialogues, paroles de figurants inaudibles intégrés aux bruits d'ambiance, et musique omniprésente.
Comme les spectateurs, les deux protagonistes (sans nom) vivent dans une bulle, et ne voient pas et ne comprennent pas le monde tel qu’il est véritablement. Comme si la société était impossible à cerner exactement. Jusqu'à couper des sons à plusieurs reprises, permettant de maintenir une ambiguïté et un isolement face au paysage, ce qui autrement aurait perturbé le récit (la bulle). Lorenza Mazzetti met en scène l'observation, afin de prêter attention au monde qui nous entoure, sans que la parole n'essaie de le menacer. Comme s'il fallait préserver l'innocence face au reste du monde, et trouver ce qui peut rester de poésie pour ne pas sombrer dans la tragédie. Comme s'il s'agissait des luttes d'un corps, face à un cerveau programmé dans un langage différent.
Il y a dans le film une réflexion intemporelle et universelle, sur l'accueil et l'intégration d'une personne étrangère qui ne parlerait pas « la bonne langue », et serait exclus de la communauté locale. Dans TOGETHER, la camaraderie aide à survivre face à l'aliénation. Si bien que le film ne reflète pas les traumatismes de la guerre (malgré les ruines), ni les causes menant à la marginalisation des protagonistes. Il s'intéresse à une autre forme d'aliénation, celle matérielle et linguistique (voire acoustique) qui lie ou sépare des êtres.
Jusqu'à disperser les subjectivités : il y a le point de vue des protagonistes (la bulle), les bruits d'ambiance comme des avertissements extérieurs, ainsi que l'ambiguïté qui entoure les figurants dont la vie et les paroles ne peuvent qu'être interprétés ou imaginés sans la moindre certitude. Tout ça renvoie à la perception que chacun-e se fait du monde, et la confrontation de chacune. Car TOGETHER est rempli de mélancolie face à ce paysage, où les sourds-muets ne sont qu'une partie d'une tragédie générale : celle où le paysage est toujours plus fort que l'individu.
Un film fait d'introspection, d'absurdité de la vie, de mal-être au sein du monde (se sentir en décalage) d'après guerre. Mazzetti disait elle-même s'être inspirée de l'univers des oeuvres de Kafka.
Malheureusement, elle retourna ensuite en Italie, ne réussissant pas à trouver des fonds nécessaires pour réaliser d'autres films au Royaume-Uni, et souhaitent retrouver sa famille. Elle sombre dans une grave dépression suite à un traumatisme. Après cette période compliquée, elle décide de se remettre à l'art avec la littérature. Elle écrit quelques livres, et essaie brièvement de revenir dans le cinéma (elle accueille même ses compères du Free Cinema en Italie), mais elle se désintéresse totalement du cinéma et se consacre à ses romans. Dans les années 1980, elle se lance dans la peinture.
TOGETHER a tout de même obtenu une récompense au Festival de Cannes 1956 : la Mention au Film de Recherche, ex-aequo.