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SuivreAshes to ashes
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On parle souvent d'Enter the Void comme d'un film en plan-séquence. Ce n'est pas tout à fait juste, et c'est en réalité plus intéressant que ça. Noé y construit un dispositif où la caméra n'est jamais censée s'interrompre, non pas parce qu'elle ne coupe jamais, mais parce que ses coupures sont devenues le sujet même du film.
Le prologue, qui suit Oscar de son appartement de Tokyo jusqu'au Void bar avant de l'y faire abattre, fonctionne comme un véritable plan subjectif tenu sur une durée inhabituelle, caméra à hauteur d'œil, clignements compris. Mais dès qu'Oscar meurt, le régime change : la caméra s'élève, traverse les plafonds, plonge dans des trous noirs (une plaie par balle, une bouche d'évacuation, un sexe), et chaque traversée est un raccord. Visible, assumé, esthétisé. Noé ne dissimule pas ses coupes à la manière d'un 1917 ou d'un Birdman, il les transforme en ponctuation. L'œil-fantôme avance par sauts plutôt que par glissements, et la continuité tient au principe, pas à la prise.
Ce parti pris dit quelque chose de précis sur la mort vue par Noé : un état de circulation libre, où le passage d'un lieu à l'autre se fait par les seuls orifices que le corps laisse derrière lui. C'est cohérent avec Irréversible, où la caméra spirale et vrille pour figurer la perte de repères, ici elle flotte, mais le geste reste le même : faire du mouvement de l'image une expérience physique, pas un commentaire.
Le film s'épuise dans sa seconde moitié, et la mécanique finit par tourner à vide. Enter the Void mise tout sur son dispositif, et ce dispositif, au bout de 143 minutes, devient sa propre limite. Reste qu'aucun film n'a poussé aussi loin l'idée d'un plan-séquence comme état de conscience plutôt que comme prouesse.
J'en parle plus en détail sur mon site : https://www.plan-sequences.com/categories-de-plans-sequences/plan-sequence-enter-the-void-2009-le-point-de-vue-doscar
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Créée
le 11 juin 2026
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