Raoul Peck a réalisé un documentaire de qualité sur Ernest Cole (1940-1990), photographe sud-africain peu connu ; il traite aussi de l’exil et de la solitude car Ernest Cole avait le mal du pays, était dépressif et suicidaire. Catégorisé comme métis (« coloured »), il réussit à témoigner, par ses photos, des conditions de l’apartheid (il visita, notamment, un camp de bannissement). Il quitta son pays pour New York, en mars 1966 (à 26 ans), mais il fut contraint d’y rester, son passeport sud-africain n’étant pas renouvelé en 1968. En voyageant, à 27 ans, en Alabama (où il craignait d’être tué), au Mississipi, en Caroline du Nord, en Illinois, il découvrit la lutte des Noirs contre la ségrégation. Il publia « House of bondage » (« Maison de la servitude ») sur l’apartheid, livre qu’il a mis 10 ans à écrire et qui fut banni dans son pays d’origine. En 1968, il partit, grâce à une bourse, en Suède. Le film est commenté par les textes d’Ernest Cole et illustré par ses photos, des photos d’archives [assassinat, en septembre 1966, du Premier Ministre d’Afrique du Sud, Hendrik Verwoerd, grand architecte de l’apartheid, émeutes de Soweto en juin 1976, mort en détention, à 30 ans, du militant Noir Steve Biko, libération le 10 février 1990 de Nelson Mandela, à 72 ans, après 27 ans de prison, 9 jours avant le décès d’Ernest Cole, création de la commission de la vérité et de la réconciliation en 1996, présidée par Mgr Desmond Tutu] et des images actuelles. Sans oublier l’énigme constituée par le dépôt en 1982 (par une personne non identifiée) de ses 60 000 négatifs Agfa dans une banque suédoise et retrouvés en 2017.