Ah ça, le marquage spooky à souhait, fin comme du gros sel dès l'ouverture du film : insert du hibou à la 18e seconde, réapparitions du hibou jusque sur la table du petit déjeuner, le titre de l'article de journal lu par l'héroïne féminine, "Etes-vous à la hauteur ?", avec là encore le nombre de lettres habituel (c'était ça ou le 33, qui va pas tarder) illustré d'une photo de fille topless coiffée d'un foulard hippie et riant aux éclats, le p'tit bateau dans la bouteille quand Annie prend son bain, etc. etc.
Message(s) reçu et re-reçu donc, tout en légèreté et subtilité dès le départ, dans une débauche et un étourdissement de couleurs, formes, sons et vibes psychédéliques millésimés 1969 année érotico-frénétique à fond les ballons, ponctué des vrombissements de la Lamborghini (immatriculée 33 AA 92, le voili le voilà !) conduite par notre couple marié Philippe & Annie (Jean Yanne / Annie Girardot (même prénom, auto-parodie ?).
A part ça cette boutade "satirique" au défilé de vedettes impressionnant et montage qui pique (exprès, na !) souvent les yeux, et à prendre au 2e ou 3e degré, est un kaléidoscope du débordement con-sumériste, de militantisme féminin, de manip à tous les étages, de toutes les tours, et touticouanti.
Il y a même un passage éclair de Gainsbourg (normal puisque "69-année érotique" est sa partition du moment) en dragueur qui fait la sortie des cinémas (pour se prendre un râteau), normal aussi puisque ça fait partie du programme "men-are-pigs" (les hommes, tous des cochons) n'est-ce pas ? Heureusement qu'il y a l'éternel frangin "protecteur" (pot de colle) en fait closeted gay (joué par Dominique Maurin, frère de Patrick Dewaere dans la vie) pour protéger Annie des "obsédés sexuels" à l'affût, partout 24h/24-7 jours/7 bien sûr.
Daniel Prévost ne jouait pas encore le contrôleur fiscal comme dans "Le Dîner de cons", mais seulement le démarcheur-dessinateur publicitaire qui se fait envoyer sur les roses. Ici c'est Francis Blanche qui s'en donne à cœur joie comme "polyvalent" à qui Philippe arrive à faire tester des pots de bébés hé hé, histoire de se venger comme on peut en infantilisant.
A propos de douce vengeance il y a la dream séquence chantonnée de "La Femme aux faux-cils" par Annie en dominatrix, pendant que monsieur est submergé de montagnes de classeurs et de téléphones rouges et blancs.
On continue avec une balade en bateau au milieu des cygnes (des signes !), d'images de kamasutra, de bols chinois, d'un plan vengeance-tromperie et la question couchera, couchera pas avec le séducteur italien Sylvio (Venantino Venantini, sans le bégaiement qu'il avait dans "Le Corniaud")...
Ajouter un clin d’œil à "Playtime" (1967) de Jacques Tati, une explosion, et presto, emballé c'est pesé ! Chers con-citoyens con-suméristes, on vous a à l’œil et on vous pourrit la vie depuis toujours, que vous le voyiez ou non, que vous le vouliez ou non...na, na et na !