En Corée du Nord, deux soldats prennent la clé des champs vers le Sud et sont poursuivis par un officier un peu zinzin. Premier problème : déserter est puni de la peine de mort (la Corée du Nord, quoi). Deuxième problème : l'officier est un ami d'enfance de l'un des deux soldats. Difficile d'appuyer sur la gâchette, quand on a les doigts qui tremblent en se remémorant les morceaux de piano qu'on a joué assis à côté du gus qui est dans le viseur... C'est sur ce scénario oscillant joliment entre film de guerre, drame et amitié que Escape tire toute sa force, avec des scènes assez prenantes (la profession de foi à travers les mines, les courses-poursuites à pieds dans les champs, toujours à portée de flingue, les vérifications d'identité au téléphone qui pourraient déraper en un seul mauvais mot, les shoots des poursuites lumineuses qui suivent la victime... Escape est très malin dans ses moments de tension), et un trio d'acteurs vraiment impeccables. Lee Je-Hoon et Hong Xa-Bing sont deux visages effrayés et envieux d'un monde meilleur à qui l'on donnerait tout, sans hésiter, et Koo Kyo-Hwan (qui joue aussi l'excellent méchant de Colony, ce qui nous a fait rattraper la filmo du Monsieur) est décidément parfait pour les rôles de vilain vicieux, mais ici troublé par ses sentiments. Le final nous a fait chialer, inutile de le nier. Si le film met un petit moment à démarrer, il arrive à taper frontalement dans les abus d'une dictature qui punit de mort celui qui regarde l'herbe plus verte du voisin, arrive à mettre en place des personnages très vite indispensables (gentils comme méchant), aime mettre des scènes où les suspenses sont insoutenables (pour peu qu'on soit attaché aux héros) et assure le service quant à la dramaturgie à la fin, on est dedans. Allez le voir : le premier qui s'échappe de la salle, on lance l'officier à ses trousses, et on espère que vous courrez vite, car Koo Kyo-Hwan a une bonne foulée.