Essential Killing par Teklow13
Essential Killing s'ouvre dans le désert afghan, avec un point de vue aérien depuis un hélicoptère. On distingue trois silhouettes d'abord non identifiables, puis l'on voit quelles portent la burqa avant de découvrir sous ces costumes que ce sont des américains.
Cette première scène, traitée comme n'importe quel film de guerre américain classique, aborde en fait immédiatement deux sujets du film, le costume et la question du point de vue.
Ce costume, burqa, orange, blanc, ou autre, permet d'identifier celui qui le porte, de le cibler. Les américains en portant la burqa veulent se fondre dans l'environnement, tout comme Gallo passe de la couleur orange du prisonnier à la couleur blanche de la neige.
L'idée de Skolimowski est de faire oublier le costume et de ne montrer que le corps qui le porte. C'est là qu'intervient la question du regard, du point de vue. Burqa, habits militaire, on voit avant tout des hommes. Des hommes qui agissent sous les ordres ou de façon impulsive mais qui sont tous dans l'action, le mouvement. Le choix d'un acteur américain, Vincent Gallo, pour incarner l'homme en fuite, vraisemblablement un taliban, est judicieux. Il participe à cette idée du regard et ça devient troublant. Par la simple mise en scène, on oublie l'origine de l'acteur, la religion du personnage, on ne voit plus qu'un homme qui fuit et qui tente de survivre. Et on s'attache à ce personnage et à ses gestes car on adopte son point de vue.
Pour le choix de la dame des bois c'est la même chose, Seigner incarne une soviétique aveugle qui va soigner Gallo. Sa cécité soustrait l'apparence pour ne laisser qu'un homme qui a besoin d'aide.
Le problème du film c'est qu'il n'assume pas ses choix jusqu'au bout. D'une part le trouble sur cette question du regard et l'indentification des êtres est réduit par l'emploi de flash back autant inutiles que moches. A quoi bon expliquer. D'autre part Skolimowski me déçoit un peu dans sa partie survival. Il s'éloigne du réel pour construire une sorte de jeu vidéo factice avec ses niveaux à franchir. Je n'ai jamais l'impression de voir cet homme évoluer dans un milieu naturel. Il n'y a pas vraiment de relation avec ce qui l'entoure. Tout me semble trop écrit, posé sur sa route, calculé au millimètre, construit de façon symbolique. Il a beau me montrer la forêt avec ce long plan aérien je n'ai pas l'impression de la voir vraiment à échelle d'homme. Ce parcours qui n'est dès lors plus vraiment naturel est presque conçu comme un conte, il est métaphorique et représente un chemin de croix avec des étapes. C'est un parti pris qui se tient mais je trouve que le film aurait gagné en intensité et en force suggestive avec plus d'épure et d'aération.