Titre fou, d’une radicalité extrême, cette chasse à l’homme traque son personnage comme une bête, dépouillé de toute humanité, réduit à l’état d’une machine à tuer. C’est précisément sur cette crête poreuse et glissante que le film déploie une expérience d’immersion d’une puissance rare : ni esthétique, ni même sensorielle, mais brute et sans repères. Rarement un film aura été aussi fulgurant (moins d’1h20), avançant en ligne droite par une succession d’effets de sidération, dans un récit de survie au bord du monde, suspendu entre la vie et la mort.Sans discours ni surplomb moral, le film ne prend jamais parti, se refusant à toute lecture critique logique, n’interrogeant jamais l’identité de son personnage. Vincent Gallo, star hollywoodienne réduite ici au silence, n’y prononce pas un mot. Seulement des souffles, des respirations haletantes, des cris. Il devient un corps bestial, écorché, entièrement tendu vers la survie.« Essential Killing » ne nous laisse d’autre choix que d’adopter le point de vue du fugitif (parfois réduit à la seule silhouette vue de haut par les hélicoptères qui le survolent), suivant ses traces dans sa fuite, uniquement par l’effort surhumain et l’action à l’état pur. Le film impressionne par son montage sec et tranchant, celui d’un corps étranger en fuite dans un no man’s land fendu par son passage.Il s’agit d’un cinéma résolument anti-scénario et radicalement anti-psychologique (si l’on omet quelques entorses d’action flirtant avec une logique de Mission Impossible), mais dont la sécheresse radicale est malheureusement parasitée par certaines surcharges symboliques, notamment à travers des flashbacks à l’esthétique kitsch. Et s’il faut soulever une autre aberration, c’est bien le personnage incarné par Emmanuelle Seigner, trop identifiable comme actrice, qui vient rompre notre déboussolement.Reste le souvenir saisissant et hanté d’un survival quasi en temps réel, qui ne se complaît jamais dans sa propre virtuosité formelle et ne pâtit jamais de son rythme (à l’inverse du laborieux The Revenant). Sans démonstration de force, à la simple lumière limpide — comme le trait le plus pur d’un grand peintre — Skolimowski, par son dispositif ultra-radical, fait défiler sous nos yeux la vie d’un homme pourchassé par la mort.Un point, c’est tout.