J'attribue la moyenne pour souligner l'audace des deux jeunes réalisateurs, qui ont osé se frotter au registre du conte mêlé de thriller new age, un genre très inhabituel dans le cinéma français, qui risque constamment de basculer vers le nanar cosmique.
Adaptant fidèlement l'univers de Veronique Ovaldé, auteure du roman éponyme, les frères Vital-Durand adoptent son ton et son esthétique décalés, où des héros nommés Lancelot Rubinstein ou Marie Marie vivent dans des villes telles que Camerone ou Milena, près de la rivière Omoko...
Des lieux fictifs et des sonorités issues de divers langages, qui entraînent le spectateur dans un imaginaire typé mais universel, d'autant que le duo de réalisateurs, issus de la publicité et du clip vidéo, soignent particulièrement l'aspect visuel de leur film : rues désertes, paysages exotiques grandioses, couleurs éclatantes, profondeur du cadre...
Sur le fond, "Et mon cœur transparent" comporte un vrai message, sur le thème de l'écologie, avec une métaphore centrale joliment efficace.
En revanche, l'intrigue qui en découle, plutôt bien ficelée mais assez basique, a du mal à tenir la distance. Après la phase de découverte (une grosse demi-heure), j'ai commencé à trouver le temps long : puisque les héros comportent (volontairement) de nombreuses zones d'ombre, et que les personnages secondaires n'ont guère de substance, le spectateur ne sait pas trop à quoi se raccrocher, et des longueurs se font ressentir.
Alors on s'accroche malgré tout, car Julien Boisselier est un comédien doué et atypique, et car Caterina Murino ferait toujours bander un mort à bientôt 45 ans.
Et puis le film a la bonne idée d'être assez bref (1H25), de sorte que son ventre mou ne s'éternise pas trop.
Malgré son petit côté didactique façon téléfilm du service public, le dénouement m'a paru assez satisfaisant, soulignant une certaine cohérence générale, en dépit de quelques trous dans la narration.
A l'arrivée, un film moyen et inégal, mais dont le mélange d'audace et de candeur est à signaler, d'autant qu'il s'agit d'un premier long-métrage.