Rares sont les films qui nous emmènent dans des chemins de traverse aussi peu empruntés et qui nous surprennent de bout en bout. « Et mon cœur transparent » fait clairement partie de ceux-là. C’est un premier film et il comporte pas mal de petits défauts mais largement rattrapés par une impression d’ensemble majoritairement bonne. Oui il y a des petites baisses de rythme, quelques trous dans l’intrigue et des virages oniriques pas toujours négociés, surtout en rapport avec une fin qui remet la réalité et le réél au premier plan. Mais on ne va pas chipoter lorsqu’on assiste à la naissance de metteurs en scène (puisque c’est une fratrie qui est à la barre) aussi prometteurs que ceux qui ont pondu cette adaptation d’un succès littéraire.
D’ailleurs il ne serait vraiment pas étonnant qu’un remake américain (ou d’une toute autre nationalité) voit le jour. Le long-métrage commence comme un thriller romantique chic avec femme fatale dont le décès soudain va réveiller chez son nouveau mari un bon nombre d’interrogations. Le passé mystérieux de cette magnifique épouse va devenir un puits de révélations et d’étrangetés de plus en plus insondables pour le nouveau veuf (et le spectateur). En plongeant dans « Et mon cœur transparent », il faut accepter de se laisser emporter par l’inconnu, le bizarre voire le non-sens. Il y a un peu de David Lynch chez les frères Vidal, mais un Lynch qui ne manquerait pas d’humour car quelques répliques et situations cocasses viennent illuminer cette sombre histoire avec brio. Le côté étrange du voyage que procure ce film est tout à fait plaisant et surtout captivant.
Mais ce qu’on apprécie le plus ici c’est la qualité de la mise en scène. Les plans sont tous parfaitement étudiés et confinent au sublime. On sent que les réalisateurs viennent de la publicité et qu’ils apportent un soin tout particulier à l’image. Sans être dans la copie ni même sombrer dans le trop esthétisant, ils confèrent à leur premier film une imagerie magnifique, tel un diamant brut, bien aidés par des paysages où se déroule l’action qui font carrément rêver. On ne compte pas les fulgurances visuelles qui essaiment cette œuvre à la beauté cristalline. On notera également l’intelligence d’un propos qui se dévoile peu à peu, très contestataire et étonnant pour ce type de film, emmenant l’intrigue dans un domaine totalement surprenant. Et c’est ça toute la force du film, c’est de constamment nous prendre à revers, nous laisser à mi-chemin entre rêve et réalité et surtout nous intriguer de bout en bout. En dépit de quelques imperfections, « Et mon cœur transparent » est une excellente surprise qui donne envie de voir la suite.
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