Avec Et pour quelques dollars de plus, Sergio Leone affine et densifie le canevas posé par Pour une poignée de dollars. Le récit gagne en complexité sans se disperser. La dynamique de chasse à l’homme, structurée autour de la rivalité puis de l’alliance entre deux figures de pistoleros, repose sur un enjeu dramatique clair : la confrontation différée avec El Indio. Le scénario introduit un passé traumatique qui irrigue l’ensemble du film et donne une profondeur inhabituelle au western de série. La progression narrative reste linéaire mais tendue, chaque étape préparant méthodiquement l’affrontement final, sans surcharge explicative.
La mise en scène affirme pleinement la grammaire leonnienne. Les cadrages alternent entre plans larges écrasés par l’horizon et gros plans insistants sur les regards, transformant chaque face-à-face en duel psychologique. La gestion de l’espace est rigoureuse : Leone chorégraphie les déplacements comme une partition, exploitant les silences, l’attente, la dilatation du temps. Les mouvements de caméra, lents et précis, servent une tension presque cérémonielle, tandis que la violence, souvent hors-champ ou stylisée, gagne en impact par retenue plutôt que par accumulation.
L’interprétation marque une évolution décisive. Clint Eastwood durcit encore son personnage, réduisant le dialogue au strict minimum et laissant le corps, le regard et la posture raconter l’essentiel. Face à lui, Lee Van Cleef apporte une gravité nouvelle : son personnage, mû par la vengeance, introduit une mélancolie et une noblesse tragique absentes du premier film. La relation entre les deux hommes, faite de défi, de respect tacite et de calcul, constitue l’un des moteurs dramatiques les plus solides du film.
La direction artistique renforce l’identité du western italien. Décors poussiéreux, villes délabrées, intérieurs sombres et costumes usés dessinent un monde moralement épuisé. Les contrastes de lumière sculptent les visages et accentuent la dimension quasi mythologique des personnages. Chaque accessoire, de l’arme au médaillon musical, devient un élément narratif à part entière, chargé de sens et de mémoire.
Le montage joue sur l’étirement du temps et la répétition. Leone multiplie les montées de tension avant les décharges finales, assumant un rythme parfois lent mais toujours maîtrisé. Les scènes d’action sont moins nombreuses que dans un western classique, mais leur impact est renforcé par une préparation minutieuse. Les transitions privilégient la continuité émotionnelle plutôt que la rapidité, donnant au film une respiration singulière.
La bande sonore est indissociable de la mise en scène. Ennio Morricone compose une partition emblématique où chaque motif musical agit comme un signal dramatique. Le thème principal, la montre musicale d’El Indio, devient un véritable outil de suspense, structurant le récit et les duels. Le mixage laisse une place essentielle aux silences, aux bruits de pas, aux cliquetis métalliques, renforçant la tension par contraste.
L’ensemble artistique atteint une cohérence remarquable. Plus riche et plus maîtrisé que son prédécesseur, le film consolide les fondations du western spaghetti tout en y injectant une épaisseur émotionnelle nouvelle. Sans révolutionner le genre, il en affine les codes avec une précision formelle et une intelligence dramatique qui justifient pleinement sa place charnière dans la trilogie.