Aux dernières nouvelles, Nicolas Peduzzi baladait sa caméra parmi les âmes damnées de la cité cyclopéenne de Houston (Ghost Song, sorti en 2022). Si le décor d’État Limite constitue un radical changement, à la fois géographique et esthétique, la damnation est une constante, puisqu’on retrouve le documentariste dans les couloirs de l’hôpital Beaujon, bien ancré dans la foulée du seul psychiatre de l’établissement, le docteur Kader. Accompagnant le jeune médecin et ses internes au long de leurs journées nonsensiques, moins en raison de la condition des patients qu’à cause d’un système à bout de souffle – l’état limite éponyme -, Peduzzi fait preuve d’une retenue bienvenue, qui n’est pas sans rappeler un certain Raymond Depardon : plutôt que la scène et le sensationnel, sa caméra cherche à redonner, par le regard, une place, même modeste, à une humanité qui n’en avait plus, parce que reléguée au fond d’une chambre d’hôpital. Le geste, évidemment politique, est surtout hautement émouvant.