Que vaut une vie ? Ou plutôt, comment donnons-nous à notre vie sa valeur ? La réponse n'est pas évidente, mais c'est face à cette question que Nietzsche eut théorisé l'éternel retour : une vie authentiquement vécue est une vie que nous accepterions de revivre pour l'éternité, dans sa répétition linéaire de la naissance à la mort, et cyclique par la réitération des mêmes choix.
Eternal semble reprendre à son compte ce postulat par la réciproque et la métaphore. Nous y suivons un jeune homme dont l'ambition est de sauver le monde, ambition qui le pousse à quitter le monde par la mort. C'est là que survient la profondeur de la métaphore. Cette mort s'atteint par une faille, au creux de l'océan, qui fait lieu d'une mission sous-marine : l'humanité qui l'a elle-même crée par son impact écologique, doit la colmater ; ou elle en périra. Avec la mort surviennent les regrets : ceux d'une famille unie et d'une vie simple, d'un foyer heureux. On comprend que la faille est le cœur du personnage principal, qui peine a assumer ses choix, ses ambitions, et sa responsabilité, ce qui le fait s'en dédouaner sous couvert d'héroïsme.
Ce film est beau, larmoyant, mais pas nouveau, ce qui le teinte de certains clichés. Eternal Sunshine of the Spotless Mind touchait au même thème (le courage de l'engagement ou le sentiment de lâcheté dans l'existence) par l'abord d'une histoire d'amour plus touchante, profonde, et originale. La métaphore (la faille sous-marine) est ici très, voire trop, subtile, et la vie consciente (les scènes d'amour) parfois clichées, mais le mérite du film est de mettre en lumière un homme seul qui voue sa vie à sa carrière et le regrette, le désir se noyant dans l'image grandiose de soi, l'affectif et le ludique que la vie sentimentale peuvent apporter s'oubliant derrière une volonté carriériste et un esseulement émotionnel (mais une critique des rôles de genre est-elle vraiment l'ambition du film ?)
Ce film s'apprécie et vaut le détour, mais son absence de nouveauté fait l'écueil d'une certaine idéalisation qui frôle parfois le cliché.