Qu'a-t-il bien pu se passer pour que ce soldat allemand court sous la pluie derrière un train en direction d'Auschwitz ?
Sterne est un film désabusé, un film de constat, comme si les personnages étaient déjà au courant, avaient déjà ingéré cette page noire, toujours blanche car pas encore écrite, de l'Histoire de l'humanité. Une maturité presque subie, écrasant la naïveté des beaux jours.
Parler du "magnifique noir et blanc" du film pourrait paraître indécent pour certains, esthétiser la violence, enjoliver l'impardonnable. Peut-être. Mais on a rarement vu tristesse aussi belle. Parce qu'ici, coupables et victimes dansent la même valse funèbre. Les dialogues sont bruts, meurtris de résilience. Cette femme brille par sa prestance, par un sang-froid rendu presque vertigineux par la puissance de son interprète. Un regard tendre sur le crime commis par sa propre espèce. Elle a tout déchiffré. Elle est déjà dans l'après. Nul besoin de cligner des yeux.
Face à elle, un mal qui se découvre naïf, ni préparé ni formé à rien. La notice d'utilisation s'arrête avant la prise de conscience. Que faire de ça maintenant ? Entrer en résistance ? Tendre l'oreille pour aimer. Aimer comme tenir le coup. Faire face avec le cœur. Trop tard.
Le pire a déjà fait son trou. Calmement. Sans l'aide de personne. Son monde est dégueulasse. Il l'a toujours su mais n'a rien fait de son humanité. Avait-il peur de lui à ce point ? De quel courage parle-t-on ? C'est trop tard, un point c'est tout.