Depuis mon adolescence, je fantasmais la rencontre de ces deux géants au sein d’un même film, Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone. On va dire que cette réunion s’est fait attendre ! L’histoire : Ray Breslin (sly) est un petit malin spécialisé dans la conception de prisons ultra-hi-tech. Le hobby du gars est de se faire enfermer dans ses propres prisons pour s’évader afin d’évaluer l’efficacité du système.
Sur le papier, «Évasion» avait pourtant tout pour séduire les amateurs de films carcéraux. Deux icônes du cinéma d’action enfermées dans une prison futuriste, un concept prometteur et la perspective d’un huis clos sous haute tension. Malheureusement, dès les premières minutes, le film échoue à installer ce qui fait le sel des grands films de prison : le sentiment d’oppression. La mise en scène ne parvient jamais à faire ressentir l’enfermement, la photographie reste étonnamment froide et impersonnelle, les décors manquent de caractère et l’ambiance ne dégage aucune véritable menace. Rien ne transpire, rien n’étouffe, rien ne met mal à l’aise. On est bien loin des prisons où chaque couloir semble cacher un danger, où les douches deviennent des lieux de tension insoutenable, où les gardiens sont des bourreaux et où les détenus inspirent autant la peur que la méfiance. Ici, tout paraît étrangement aseptisé. Le film coche les cases du genre sans jamais en capturer l’essence.
Pourtant, il existe une scène qui laisse entrevoir ce qu’aurait pu être «Évasion». Celle où Arnold Schwarzenegger est soumis à une séance de torture par la chaleur. Dans ce passage, l’acteur abandonne l’anglais pour s’exprimer dans sa langue maternelle (pas le flic, la langue). Son jeu gagne soudain en intensité, en sincérité et en émotion. On découvre un Schwarzy bien plus habité qu’à l’accoutumée, capable de transmettre une véritable souffrance. C’est probablement le moment le plus fort du film... et c’est précisément là que réside l’absurdité du projet : cette scène ne figure même pas dans le montage cinéma, mais dans les bonus du DVD ! Un choix incompréhensible qui résume à lui seul les limites du long-métrage. À chaque fois qu’il semble pouvoir prendre une direction plus ambitieuse ou plus dramatique, le film recule pour revenir à son confort de blockbuster d’action sans relief.
Le reste du métrage ne fait malheureusement qu’accumuler les défauts. Les dialogues s’étirent inutilement et, à force de multiplier les explications et les échanges sans intérêt, le film finit par faire attendre des scènes d’action qui arrivent souvent trop tard. Les invraisemblances sont nombreuses et assumées, les clichés s’enchaînent sans la moindre surprise, le montage nerveux vire parfois au découpage épileptique, empêchant toute lisibilité, et le final manque cruellement d’impact.
Au lieu de conclure sur un véritable coup d’éclat, «Évasion» se contente d’une résolution convenue et sans émotion. Difficile de ne pas ressentir une immense frustration devant un tel gâchis. Avec un tel concept et un tel duo d’acteurs, on était en droit d’espérer un thriller carcéral tendu et mémorable. On n’obtient finalement qu’un film d’action générique, incapable d’exploiter son potentiel. Une occasion manquée, et, au bout du compte, un film aussi oubliable qu’inutile.