Illustration parfaite de comment exploiter pleinement tout le potentiel d'un multivers (prends-en de la graine, Marvel !), ce très attendu «Everything Everywhere All at Once» constitue sans l'ombre d'un doute l'un des sommets de 2022.
Réalisé par les Daniels (déjà derrière le très perché «Swiss Army Man», sorti en 2016) et produit notamment par les frères Russo (oui oui, les réals des derniers «Avengers»), le film nous raconte l'histoire d'Evelyn, une mère de famille désunie, rigide et effacée, qui se retrouve malgré elle être le dernier espoir face à une menace grandissante impactant tout le "multivers" et ses innombrables vies et trajectoires. Le destin des mondes parallèles se trouve entre ses mains...alors qu'il s'agit de la pire version d'elle-même.
Reposant sur le principe narratif d'une personne (pas si) ordinaire à qui il arrive des choses extraordinaires, le film pousse tous les curseurs à fond en terme de puissance visuelle et d'inventivité cinématographique et nous propose une expérience comme rarement nous avons pu en vivre une en salles ces dernières années.
Accompagné d'un budget modeste (25 millions de dollars seulement, alors que la majorité des blockbusters récents en coûtent au moins 250), les Daniels n'en gaspillent clairement pas un centime en déroulant un nombre incalculable d'idées à l'écran et se mettent totalement au service de leur film et de leur histoire.
Car à l'intérieur de cet univers très haut en couleurs et aux possibilités infinies se trouve quelque chose de profondément humain : ce bouleversement dans "les vies" d'Evelyn (incarnée par une Michelle Yeoh totalement investie dans son rôle) est surtout l'occasion pour elle de réparer ce qui s'est détérioré avec le temps, faute de communication, faute de sincérité, faute d'elle-même aussi.
En même temps qu'elle découvre et déploie tout le potentiel qui était caché en elle, Evelyn renverse l'ordre établi en rompant la longue lignée d'échecs qui composaient sa vie (et faisaient la réussite de ses autres versions) et tente de se reconnecter à son père, son mari (un Ke Huy "Demi-Lune" Quan touchant) et sa fille, et de reconstruire sa famille du mieux qu'elle le peut.
Œuvre folle et généreuse, sincère et totalement assumée (même dans ses moments les plus débridés), «Everything Everywhere All at Once» explore aussi bien l'infinité des choix que la rareté des sentiments réels.
Explorer absolument toutes les possibilités qui s'ouvrent à nous pour trouver les mots justes, (se) pardonner et chérir ces rares instants ensemble.
Une proposition de cinéma à laquelle on accroche ou pas.
À mes yeux, une claque inclassable, sensorielle et touchante à ne rater au cinéma sous aucun prétexte, sous peine de voir le multivers s'effondrer (sans vouloir vous mettre la pression bien sûr). 8,5/10.