Ce film signé de l’Autrichienne Sandra Wöllner a de quoi surprendre, mais il faut attendre sa dernière partie pour en prendre toute la mesure.
Au début, Ella (Birgit Minichmayr) qui vit avec ses deux filles, l’aînée Jessie (Carla Hüttermann) et la cadette Melli (Lotte Shirin Keiling). Une famille normale si on oublie l’absence du père. Une famille qui vit dans un grand ensemble et où les deux filles se chamaillent comme dans beaucoup de familles. La différence d’âge est quand même assez nette, car Jessie a 17 ans et Melli aux alentours de 10 ans. Faisant sa crise d’adolescence, Jessie recherche un maximum d’indépendance, en particulier pour profiter de son amoureux, Lux (Tristan López). Cela sera la cause indirecte d’un véritable drame.
En effet, un matin, tôt, Jessie et Lux observent le lever du soleil depuis le toit-terrasse d’un immeuble de leur quartier. La hauteur vis-à-vis du sol est impressionnante et la terrasse ne dispose que d’un rebord de principe. Ce qui devait arriver arrive, Jessie recule pour prendre une photo sans réaliser qu’elle se rapproche du bord. Allongé, Lux n’a le temps de rien faire et Jessie chute dans la verdure en contrebas. La verdure n’y peut rien, Jessie ne survit pas à cette chute.
La situation de base est posée. Ella et Melli vivent avec ce deuil lourd à porter. Les réactions sont diverses selon les moments. On observe notamment Lux qui d’abord les accompagne sur la tombe de Jessie à qui sa mère s’adresse plus ou moins comme si elle était encore vivante. C’est douloureux et sans véritable surprise. Un point ressort néanmoins, avec les vidéos de Jessie jeune que Melli regarde régulièrement, alors que sa mère devrait peut-être lui dire qu’il faut passer à autre chose. L’autre point remarquable tient donc dans l’attitude de Lux qui, depuis l’accident, vit avec la culpabilité de ne pas l’avoir senti venir.
Ella ajoute qu’ils n’auraient même jamais dû monter sur ce toit.
Cela n’empêche pas Lux de venir voir Ella et Melli régulièrement. Au point qu’il part avec elles lorsqu’Ella décide d’emmener Melli passer des vacances à Majorque où elle a réservé dans un hôtel.
Là-bas, nous avons droit à de magnifiques paysages au cours de promenades qui laissent espérer un possible apaisement. Par contre, la dernière partie me laisse franchement perplexe. En effet, à Majorque en ville, on observe un plan qui fait bondir : à l’extrémité d’une sorte de tunnel, donc dans la lumière, on aperçoit une fillette qui joue par terre.
Cette situation, on la connaît bien, puisqu’on a vu plusieurs fois Melli la contempler sur un extrait vidéo où Jessie toute jeune joue dans une attitude caractéristique, sur un fond musical entêtant. Bien entendu, Melli reconnaît parfaitement cette situation elle aussi, de même qu’Ella qui arrive juste derrière. Et ce n’est pas que la situation, car c’est bien Jessie qu’on voit. Alors, la mère se rapproche de sa fille comme dans un songe. Aucun doute, il s’agit bien de la situation captée par vidéo environ huit ans auparavant. Un rêve ? Une hallucination ? On sent que c’est ce que se demande Ella qui s’approche doucement, pour profiter autant que possible. Mais elle parvient à toucher Jessie et lui prendre la main. Sa petite fille chérie les suit jusque dans leur chambre d’hôtel. A tout instant, on s’attend à ce qu’un détail brise le charme, mais non. Par la voix de Melli, nous apprenons enfin que Jessie reste naturellement avec sa mère et sa sœur et qu’elle ne se souvient quasiment de rien de ce qui a pu l’amener à l’endroit où sa mère et sa sœur l’ont retrouvée. Évidemment, elle est très jeune et ne comprend pas ce qui lui arrive. Melli enchaine en disant qu’ensuite Jessie a poursuivi sa croissance, est allée à l’école, etc. A partir du « retour » de Jessie, Lux disparaît de leurs vies (voit-il Jessie, comme Ella et Melli la voient ?) et entre les deux sœurs la situation s’inverse, l’aînée devient la cadette et inversement.
Il n’y aura jamais d’explication à cette dernière partie. Il faut l'accepter comme le fait sa mère, à la façon d’un miracle totalement inespéré, comme un don du ciel qui viendrait exaucer ses prières les plus folles. On avancera qu’il s’agit d’un pas dans le fantastique, celui-ci ayant la particularité de se passer d’explications. La réalisatrice fait donc le pari de montrer l’impensable, parce que le cinéma le permet. C’est évidemment touchant parce que filmé avec une grande délicatesse. Quand même, c’est tellement gros qu’il faut du recul pour en apprécier la valeur, car après la projection émerge plutôt le sentiment d’un manque de repères pour tenter la moindre interprétation.