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Les noces tartares
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le 9 juil. 2026
Bon. On va se poser deux minutes et parler d'Evil Dead Burn.
Parce que bon, depuis des semaines, je vois la critique française s'agiter, s'extasier, verser une petite larme de fierté tricolore parce que le petit gars de chez nous, Sébastien Vaniček, est allé faire des étincelles à Hollywood après Vermines. Alors là, évidemment, la presse libérale jubile : « la french touch », le mérite individuel, le transfert réussi vers la grande machine américaine.
Sauf qu'au bout d'un moment, il faut poser son pop-corn, s'asseoir dans la salle, et regarder ce que produit réellement la rencontre entre un cinéaste talentueux et l'industrie culturelle américaine. Et là... bah c'est pas la catastrophe absolue, non. Mais c'est un 5 ou 6 sur 10. Un film « pas mal », totalement englué dans les contradictions du cinéma de studio contemporain.
La forme : Vaniček sait tenir une caméra (et heureusement)
Rendons à César ce qui appartient à César. Techniquement, le mec connaît son métier et il a une vraie générosité plastique.
L'ouverture a une vraie gueule. La mise en scène est fluide, l'action est découpée avec une énergie cinétique indiscutable, et la caméra tourne autour de la boucherie avec un vrai sens du découpage. On a quelques plans-séquences stimulants, le travail sur le son est organique, et cette texture poisseuse, presque cendreuse, donne un vrai corps au cauchemar. Souheila Yacoub est excellente — elle s'arrache la gueule, elle habite son personnage, elle donne une vraie physicalité à la résistance de l'héroïne.
Bref, sur le strict plan du spectacle horrifique et de l'artisanat, Vaniček prouve qu'il sait filmer. Il y a de la hargne dans sa caméra.
Le fond : Le Liberalsplaining d'Hollywood et la marchandisation du Trauma
Mais alors... là où ça coince sévère, c'est dans le traitement du fond. Et c'est là qu'il faut être précis.
Qu'un film d'horreur traite de la violence patriarcale et de la malédiction de l'emprise familiale, c'est très bien. L'horreur a toujours été un terrain politique de lutte idéologique. Le problème, c'est la manière dont le studio américain récupère et nettoie ce propos.
Au lieu de laisser Vaniček et Florent Bernard développer une horreur sociale brute, organique et matérielle — celle qui faisait la rage d'un Vermines —, Hollywood nous réinjecte sa recette préférée : le féminisme libéral de façade et la réduction des rapports de domination à de la psychanalyse individuelle. La violence systémique devient un simple « trauma personnel », dépolitisé, surligné au feutre fluo à coups de dialogues téléphonés (« I love you » / « It's not enough »). On prend un sujet politique lourd, et on le transforme en produit de consommation psychologisant, parfaitement digeste pour le marché mondial. C'est de l'instrumentalisation pur jus.
Le syndrome du studio : L'aliénation de l'auteur par le capital
Et puis arrive le troisième acte. Et là, c'est la démonstration par l'exemple de ce qu'est la logique du capitalisme culturel.
On sent les reshoots, on sent la panique des producteurs qui voient débarquer un film trop méchant ou trop singulier, et qui décident de reprendre le contrôle de l'outil de production. « Hop hop hop, mettez-moi du CGI partout et transformez le monstre en Terminator ». On troque la tension, la crasse et les bons vieux effets pratiques du début pour une surenchère numérique totalement lissée, impersonnelle et standardisée. La personnalité et le savoir-faire du réalisateur se font littéralement broyer par le cahier des charges de la franchise.
En résumé :
Evil Dead Burn, ce n'est pas un navet. C'est le résultat d'un bras de fer entre un cinéaste populaire qui a de la hargne et une pieuvre industrielle qui transforme tout propos subversif en bouillie libérale calibrée. Ça se regarde, la mise en scène de Vaniček sauve les meubles pendant une heure et demie, mais le film porte sur lui les cicatrices de sa propre marchandisation. Un 6/10 pour l'artisanat et la générosité gore, mais un gros soupir face au gâchis de ce qu'aurait pu être un vrai film d'horreur radical et affranchi.
Créée
le 22 juil. 2026
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