La saga Evil Dead s'est peu à peu imposée comme un totem cinéphile.


Mais un totem tiraillé.


Car il sera impossible, désormais, de renouer, en matière de deadites, avec l'artisanat et la débrouille de quelques zozos qui avaient furieusement envie de faire des films transgressifs et fous, à la fois violents et déjantés. Et traversés par l'art tout simplement hallucinant du slapstick et de la tension du corps élastique d'un Bruce Campbell devenu immortel.


Devant ce constat, la franchise de Sam Raimi a été donnée en guise de terrain de jeu à quelques réalisateurs afin de pouvoir faire leurs preuves dans le domaine de l'horreur.


Fede Alvarez livrait en 2013 une horreur pure et hardcore, totalement dénuée des éclats de rire d'antan, dans un même décor forestier. Une violence tétanisante qui faisait grincer les dents de beaucoup, au vu de la triste moyenne sur le site, en comparaison de la trilogie originelle.


Lee Cronin livrait plus récemment une tentative de changement, qui était loin de convaincre le masqué malgré la méchanceté déployée, dès lors que les hommages et tentatives d'humour sonnaient comme un constat de révérence assez mal digérée.


A la sortie de la salle, Evil Dead Burn procure un enthousiasme que l'on attendait pas forcément. Car avec Vermines, Sébastien Vanicek réussissait à tenir ses promesses malgré les fragilités classiques de tout premier long-métrage. Généreux mais aussi un poil limité. Rythme un peu curieux sans être pour autant déplaisant. Mais un sous-texte asséné au burin dans une dernière ligne droite un peu déceptive comparée à ce qu'il avait offert une heure un quart durant.


C'est que Sébastien Vanicek a réussi la parfaite synthèse entre la violence choquante qui éclabousse l'écran de Fede Alvarez et les tentatives de comédie assez hors sujet de Lee Cronin.


Hissant immédiatement Burn aux côtés du remake de 2013 dans le plaisir et les sensations que l'oeuvre procure.


Et si les toutes premières minutes en mode wesh peuvent poser question, Evil Dead Burn met ensuite la tête dans le guidon pour ne plus lâcher celui qui a payé sa place en quête de frisson.


Quelques moments dessineront un sourire sur les lèvres, oui, mais ils seront parfaitement intégrés au récit global, ou encore affectés à un personnage particulier que le masqué vous laissera découvrir par vous-mêmes, histoire de ne pas gâcher le plaisir de la séance.


Mais je retiendrai surtout les sensations, le malaise provoqué par la violence déployée, par le jeu de massacre promis, tandis que les deadites s'imposent plus que jamais comme des cadavres dans le placard de cette belle-famille déjà dévastée par le malheur de la perte.


Un malheur mis sur le compte de la pièce rapportée, incarnée par une Souheila Yacoub étincelante qui en bave littéralement à l'écran. Mais Vanicek fera comprendre caméra à la main que quelque chose clochait déjà bien avant cela.


Cette thématique de la famille brisée, jubilatoire, aurait pu à elle seule nourrir le tour de manège offert par Evil Dead Burn et son massacre bien avide de rage, d'intensité et de mutilations en tous genres. Tandis que Sébastien Vanicek continue de livrer de superbes plans et images rappelant que Vermines était déjà nourri d'ambitions artistiques vraiment bien troussées.


Avant qu'il n'emmène son fils sur une autre voie, soulignant tant la détresse émotionnelle du personnage principal que son calvaire vécu sous le vernis d'un mariage heureux, dont la fête est rediffusée de manière parallèle au bain de sang du film, dans une image finale saturée d'ironie.


Evil Dead Burn pose ainsi moins la question de survivre au déchainement de monstres surnaturels que de surmonter la malfaisance de ceux bien plus quotidiens, dans une famille vivant finalement dans le silence et le déni.


Sébastien Vanicek, lui, s'amuse manifestement avec l'univers qui lui est prêté et en souligne la brutalité des coups, la difficulté des relations entre ses protagonistes et tout le poids des traumas d'une violence tue par l'intimité et les apparences.


Avec une telle réussite à son actif, la grande famille Evil Dead ne pourra que l'adorer.


Behind_the_Mask, qui a remisé sa tronçonneuse au clou.

Behind_the_Mask
8
Écrit par

Créée

le 9 juil. 2026

Critique lue 276 fois

Behind_the_Mask

Écrit par

Critique lue 276 fois

29

D'autres avis sur Evil Dead Burn

Evil Dead Burn

Evil Dead Burn

7

Sergent_Pepper

3190 critiques

Les noces tartares

La France brille outre-Atlantique, et pas uniquement sur les terrains de foot : après son très remarqué premier Vermines, Sébastien Vaniček débarque à Hollywood, accompagné de son coscénariste...

le 9 juil. 2026

Evil Dead Burn

Evil Dead Burn

8

Behind_the_Mask

1494 critiques

Ma famille t'adore déjà

La saga Evil Dead s'est peu à peu imposée comme un totem cinéphile.Mais un totem tiraillé.Car il sera impossible, désormais, de renouer, en matière de deadites, avec l'artisanat et la débrouille de...

le 9 juil. 2026

Evil Dead Burn

Evil Dead Burn

4

NikolaïReiss

1 critique

Triste époque

Le moins bon film de toute la franchise, malheureusement.Une double intro insensée, des acteurs très médiocres, un humour qui fait plouf, un antagoniste final ridicule.Certains plans sont manquants,...

le 9 juil. 2026

Du même critique

Avengers: Infinity War

Avengers: Infinity War

10

Behind_the_Mask

1494 critiques

On s'était dit rendez vous dans dix ans...

Le succès tient à peu de choses, parfois. C'était il y a dix ans. Un réalisateur et un acteur charismatique, dont les traits ont servi de support dans les pages Marvel en version Ultimates. Un éclat...

le 25 avr. 2018

Star Wars - Les Derniers Jedi

Star Wars - Les Derniers Jedi

7

Behind_the_Mask

1494 critiques

Mauvaise foi nocturne

˗ Dis Luke ! ˗ ... ˗ Hé ! Luke... ˗ ... ˗ Dis Luke, c'est quoi la Force ? ˗ TA GUEULE ! Laisse-moi tranquille ! ˗ Mais... Mais... Luke, je suis ton padawan ? ˗ Pfff... La Force. Vous commencez à tous...

le 13 déc. 2017

Logan

Logan

8

Behind_the_Mask

1494 critiques

Le vieil homme et l'enfant

Le corps ne suit plus. Il est haletant, en souffrance, cassé. Il reste parfois assommé, fourbu, sous les coups de ses adversaires. Chaque geste lui coûte et semble de plus en plus lourd. Ses plaies,...

le 2 mars 2017