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le 9 juil. 2026
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Il existe des franchises qui survivent grâce à la nostalgie. D'autres s'épuisent à répéter une formule devenue stérile.
Et puis il y a Evil Dead.
Depuis plus de quarante ans, la création de Sam Raimi n'a jamais cessé de muter. Née en 1981 dans une cabane perdue au fond des bois avec trois bouts de ficelle, une caméra bricolée et une créativité sans limite, la saga s'est rapidement imposée comme un monument du cinéma d'horreur. Gore, inventive, sadique, parfois terrifiante mais toujours traversée par un humour absurde grand guignol, elle a inventé une grammaire visuelle immédiatement reconnaissable : des travellings démoniaques, des objectifs déformants, des plans impossibles et une caméra qui semble aussi possédée que ses personnages. Là où Halloween, Vendredi 13 ou Massacre à la tronçonneuse se sont parfois enfermés dans leurs propres codes jusqu'à la répétition, la création de Sam Raimi a toujours été guidée par une idée beaucoup plus simple : le cinéma est avant tout un terrain de jeu. Le génie de Raimi n'a jamais été de raconter des histoires particulièrement complexes. Son talent était de faire du cinéma une attraction, un manège infernal où chaque mouvement de caméra devenait une agression physique pour le spectateur.
Après le remake extrêmement brutal (mais pas exempt de défauts) de Fede Álvarez en 2013, beaucoup craignaient que la franchise ne s'enferme dans une surenchère de violence. Mais le film prouvait déjà qu'Evil Dead pouvait survivre sans Ash Williams. Il est vite devenu évident que la licence évoluerait sous la forme d'une véritable anthologie : chaque réalisateur hériterait du Necronomicon pour y écrire ses propres cauchemars
Puis est arrivé Lee Cronin avec Evil Dead Rise en 2023. En déplaçant l'action dans un immeuble délabré, il rompait avec l'iconographie de la cabane tout en conservant intacte l'ADN de la saga. Une relecture urbaine de la mythologie, enfermée dans un huis clos malsain et portée par une réflexion sur la maternité. Une proposition solide et originale que j'avais apprécié.
Une idée essentielle semblait alors se dégager : Evil Dead n'était plus une simple saga. Elle était devenue un terrain d'expression.
En 2026, après le remarquable Vermine, Sam Raimi confie les clés de la saga à Sébastien Vanicek, sur un scénario coécrit avec Florent Bernard. Avec le recul, difficile d'imaginer un meilleur choix.
On retrouve immédiatement ce qui faisait la force de Vermine : une mise en scène nerveuse, un sens du cadre remarquable et une volonté de faire de l'horreur le prolongement d'un véritable propos.
Derrière ses araignées se cachait déjà un regard. Un regard sur les fractures sociales, sur l'abandon, sur la manière dont un environnement peut lentement contaminer ceux qui y vivent. L'horreur n'était jamais une finalité, elle était un révélateur.
Evil Dead Burn pousse cette logique encore plus loin. Le mal n'est pas dans le Deadite.
Le mal est assis à table, avec nous, dès les premières minutes du film.
Et c'est précisément ce qui rend le film si fort.
Les non-dits, les rancœurs, les humiliations silencieuses et les frustrations accumulées contaminent chaque scène. Avant même que le mal ancestral d'Evil Dead ne fasse son apparition, le dîner familial est déjà un véritable film d'horreur. L'atmosphère est si pesante, si électrique, que le spectateur n'a qu'une envie : s'enfuir. Ou voir une armée de Deadites mettre un terme à ce cauchemar domestique. Heureusement, nos prières sont rapidement exaucées.
Tout est déjà brisé. Les deadites n'apportent pas le mal.
Ils lui donne simplement un visage.
Il vient habiter une maison qui se fissurait déjà.
Cette idée traverse tout le film, jusque dans sa direction artistique. La maison n'est pas un simple décor. Elle est un organisme vivant qui se décompose au même rythme que ses habitants. Les murs craquent, les plafonds s'effondrent, le bois éclate avant de finir consumé par les flammes. Une représentation presque organique de cette cellule familiale qui s'autodétruit depuis bien longtemps.
Le film aborde frontalement les violences conjugales, mais aussi l'emprise psychologique et ces relations toxiques dont il est presque impossible de s'extraire. La possession devient ici une métaphore particulièrement pertinente : voir un proche devenir monstrueux tout en continuant à espérer retrouver la personne qu'il était autrefois. Jusqu'à comprendre qu'il faut parfois accepter qu'il n'y ait plus rien à sauver.
Cette lecture plus profonde n'a rien d'artificiel. Elle irrigue tout le récit sans jamais prendre le pas sur l'horreur. Au contraire, elle la nourrit.
Car rarement un épisode d'Evil Dead aura été aussi douloureux.
La violence est omniprésente, mais elle ne cherche jamais uniquement le choc. Chaque blessure semble raconter quelque chose. Chaque mutilation prolonge un traumatisme déjà installé. Le gore devient un langage émotionnel.
C'est probablement ce qui distingue Burn de nombreux films d'horreur contemporains. Là où beaucoup utilisent le gore comme une simple attraction, Vanicek lui donne une véritable fonction dramatique.
Face à ce chaos, Souheila Yacoub livre une performance exceptionnelle. Elle possède cette capacité à mêler fragilité et détermination sans jamais donner le sentiment d'incarner une "final girl" écrite selon un cahier des charges. Son intensité physique impressionne, et lorsque la mythique tronçonneuse fait son retour sous une forme particulièrement inventive, le film atteint pleinement son statut d'Evil Dead. À mes yeux, elle rejoint naturellement Ash, Mia et Beth parmi les grandes figures de la franchise.
Vanicek démontre également un véritable amour du cinéma. Sa réalisation multiplie les idées de mise en scène sans jamais tomber dans l'esbroufe. Une séquence en particulier, entièrement filmée à travers un miroir avant que celui-ci n'explose, m'a littéralement arraché un petit « oh ! » d'admiration. Ce genre de plan rappelle que le cinéma d'horreur est aussi un terrain d'expérimentation visuelle.
L'ombre de Sam Raimi plane évidemment sur l'ensemble du film, mais jamais Vanicek ne tombe dans le mimétisme. Il emprunte son goût du mouvement, son amour des effets pratiques, sa manière de transformer l'espace en terrain de jeu horrifique, tout en affirmant une identité beaucoup plus sèche, plus réaliste et émotionnellement plus douloureuse.
Le reste du casting est également irréprochable.
Impossible de ne pas évoquer Tandi Wright, qui interprète une Susan absolument insupportable. Je pensais sincèrement que Susan Mayer de Desperate Housewives resterait à jamais la Susan la C*nne. Mais j'avais tort. La relève est assurée et le titre passe à une autre Susan. Oui, on la déteste profondément, et c'est précisément parce que son interprétation est excellente.
Il faut également saluer le travail de Florent Bernard, dont l'écriture parvient à retrouver un élément parfois oublié dans les épisodes les plus récents : l'humour. Pas un humour omniprésent, mais ces respirations absurdes qui rappellent que l'ADN d'Evil Dead s'est toujours construit sur un équilibre fragile entre le grotesque et l'horreur la plus viscérale. On rit souvent au moment où l'on devrait détourner les yeux, et c'est précisément ce décalage qui rend certaines scènes encore plus marquantes.
Je nuancerais simplement mon enthousiasme concernant le dernier acte. Les quinze dernières minutes donnent la sensation d'accélérer légèrement le récit. Le final fonctionne, offre son lot d'images fortes et de séquences mémorables, mais laisse transparaître l'impression que certaines transitions auraient mérité davantage de temps. Rien qui ne compromette la qualité du film, mais suffisamment perceptible pour être souligné.
Au final, Evil Dead Burn est une immense réussite.
Au-delà de ses qualités intrinsèques, Evil Dead Burn réussit surtout quelque chose de rare : il justifie pleinement son existence.
Il ne cherche jamais à refaire The Evil Dead. Il ne copie ni Álvarez ni Cronin. Il comprend que l'identité de cette franchise ne réside ni dans une cabane, ni dans une tronçonneuse, ni même dans Ash Williams. Son identité réside dans sa capacité à renaître à travers le regard de nouveaux cinéastes.
En confiant sa création à Sébastien Vanicek, Sam Raimi ne transmet pas seulement une licence. Il transmet une liberté.
Et c'est peut-être là que réside le véritable miracle d'Evil Dead.
Quarante-cinq ans après sa naissance, la saga continue d'évoluer sans jamais renier son essence. Elle accepte d'être transformée par celles et ceux qui la reprennent, faisant de chaque nouvel opus non pas une simple suite, mais une nouvelle interprétation d'un même cauchemar.
En s'attaquant aux violences conjugales, aux relations toxiques et aux blessures familiales avec autant de brutalité que de finesse, le film livre sans doute l'épisode le plus mature de la franchise.
Depuis 1981, le Necronomicon passe de main en main. Chaque génération de cinéastes y écrit ses propres cauchemars
Sam Raimi y voyait un immense terrain de jeu. Fede Álvarez une expérience de douleur. Lee Cronin une réflexion sur la maternité.
Sébastien Vanicek, lui, y grave les cicatrices des violences conjugales, de l'emprise et des familles qui se consument de l'intérieur.
Et c'est peut-être cela, au fond, la plus grande force d'Evil Dead.
Ce n'est pas une mythologie figée.
C'est un livre maudit qui change à chaque fois qu'on l'ouvre.
Tant que Sam Raimi continuera à confier ses pages à des cinéastes capables d'y écrire leurs propres démons plutôt que de recopier les siens, cette saga restera vivante.
Et au vu de ce que vient d'accomplir Sébastien Vanicek, je suis plus impatient que jamais de découvrir qui osera écrire la page suivante du Livre des Morts.
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Créée
le 13 juil. 2026
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