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Les noces tartares
La France brille outre-Atlantique, et pas uniquement sur les terrains de foot : après son très remarqué premier Vermines, Sébastien Vaniček débarque à Hollywood, accompagné de son coscénariste...
le 9 juil. 2026
Difficile de ne pas être terriblement impatient à l’idée de voir Sébastien Vaniček réaliser un Evil Dead. Non seulement parce que le mec s’est imposé en un seul film comme l’un des nouveaux noms de l’horreur avec lesquels il faut compter, mais en plus parce qu’on sait que Sam Raimi et sa clique laissent une relative liberté aux cinéastes qu’ils engagent sur leur saga. Et Evil Dead Burn est une sacrée confirmation, si toutefois elle fut nécessaire de tout le talent de Vaniček en tant que prodige de l’horreur, et de son scénariste Florent Bernard qui ne démérite en rien.
Ce 6e volet a pas mal de points communs avec les deux précédents : l’approche est moins ouvertement comique que celle des films de Raimi, l’accent est mis sur les excès de gore et de violence et on utilise la famille comme noyau thématique central. Mais autant Fede Alvarez et Lee Cronin tiraient fort bien leur épingle du jeu en renouvelant l’imagerie de la saga, autant Vaniček est vraiment un niveau au-dessus et offre un pur manège horrifique qui ne lâche jamais son spectateur une fois enclenché. La perfection technique de l’ensemble est indéniable : le travail sur les effets spéciaux majoritairement “en dur” force le respect, le son est un modèle du genre... Vaniček a clairement bénéficié d’un budget plus confortable que sur Vermines, déjà impressionnant en la matière, mais a surtout le talent pour utiliser les ressources à sa disposition pour créer de la pure mise en scène, tout aussi ludique que viscérale. Le réalisateur alterne sans aucune difficulté entre du filmage en caméra portée, qui retranscrit à merveille le chaos de l’action et des moments de virtuosité gratuits mais ô combien réjouissants, à coup de plans-séquence et d’impossible shots qui font leur effet.
Le cinéaste français a le sens du tempo, il sait comment exacerber l’horreur d’une séquence simplement en la faisant durer pour faire exploser la tension et rendre sa violence insupportable. Ce qui implique que si Burn n’est pas forcément plus graphique que les deux volets précédents, c’est de loin celui dont les moments de dégueulasserie sont les plus marquants. C’est aussi un grand film de décor : comme dans Vermines, le bâtiment unique est un terrain de jeu dans lequel les personnages progressent au cours du scénario, chaque étage de l’habitation représentant en quelque sorte une nouvelle étape dans l’horreur.
Vaniček a également l’art de distiller des multitudes de fusils de Tchekov au cours de son film, de montrer au spectateur un objet en apparence anodin en le laissant imaginer la manière dégueulasse dont il va pouvoir être utilisé par la suite. Il y a un jeu évident sur les attentes, sur certains codes de la saga qui vont parfois être détournés par pur plaisir ludique. Tout ça est d’ailleurs amplifié par l’humour souvent très noir dont le cinéaste et le scénariste se montrent friands. Entre le côté grand-guignolesque de l’horreur et de la violence, les cuts teintés d’ironie et les apparitions surprenantes, ce 6e volet n’est jamais aussi clownesque qu’Evil Dead 2 et 3 mais conserve cette idée que la saga doit être fun et décomplexée, même si elle peut aussi prendre aux tripes.
Ce grand huit de sang et de tripes est au service d’un fond inhabituellement travaillé pour la saga. Il y avait déjà des thématiques dans les précédents volets, notamment chez Cronin qui exploitait à sa manière la figure de la famille. Mais Vaniček va bien plus loin dans sa déconstruction de la cellule familiale à l’américaine, qu’il présente comme pourrie de l’intérieur - comme dans Vermines, le lieu de l’action en putréfaction est une parfaite métaphore de ce que raconte le film. C’est aussi ce qui rend Burn si effrayant : toute la monstruosité des deadites n’est qu’une exacerbation, une mise au jour de ce qui est déjà présent et enfoui, de toute la crasse dissimulée derrière un vernis de famille “idéale” au sein de laquelle la nouvelle venue, incarnée par la géniale Souheila Yacoub, n’a d’autre choix que de se conformer aux attentes. Tout ça n’est pas forcément neuf au sein du cinéma, horrifique ou non, mais a l’avantage de reposer sur des personnages très solidement caractérisés et interprétés, et est incarné à la perfection à travers l’horreur et la violence du film.
Le film va plus loin en mettant en parallèle cette toxicité avec celle d’un couple au sein duquel le mari violent et contrôlant, rejeton de ce modèle familial mortifère, agit comme un fantôme tout au long du métrage et réveille régulièrement les traumatismes de l’héroïne à travers quelques flashes heureusement peu instrusifs (l’une des quelques concessions de Vaniček aux studios). Plus qu’une simple histoire de survie, Evil Dead Burn en devient un récit d’émancipation à la conclusion véritablement cathartique. Là encore, on ne compte pas le nombre de films d’horreurs actuels où “l’homme est le vrai méchant” mais c’est la manière dont le cinéaste délivre son propos sans jamais sacrifier le pur plaisir de son grand huit horrifique qui fait toute la différence.
Le film de Vaniček toise donc sans problème les sommets de la saga aux côtés des 2e et 3e volets, dans un registre complètement différent. Vaniček est parvenu à s’approprier le matériau de départ en honorant son héritage avec ce qui est peut-être le film le plus intense et jouissif du début à la fin que j’ai pu voir cette année, tout en se payant le luxe de raconter des choses. Le prochain volet déjà tourné, Evil Dead Wrath, va avoir du pain sur la planche pour rivaliser avec celui-ci.
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le 12 juil. 2026
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