Depuis le temps que je vois défiler des allusions à ce film sur les vidéos des influenceurs horreur, le mettant en avant comme une curiosité, la plupart du temps catégorisé comme "film chelou à voir absolument", je me suis enfin décidé à franchir le pas. Et bien que le titre du film soit sans équivoque, on est ici en pleine body horror, rapport aux hormones de la protagoniste et son passage délicat à l'âge adulte, pas d'excision à l'horizon, dans ce qui à la base était un court-métrage, avant que le réal ne franchise le pas pour son premier format long.
Qu'on se rassure, on aura tout de même droit à tout un tas de mutilations et d'exactions en tout genre, pour le plus grand plaisir de la rétine des amateurs de gore.
EXCISION nous conte l’histoire d’une adolescente en pleine crise existentielle. En conflit perpétuel avec sa mère et sujette à des cauchemars troublants, la vie de cette jeune femme passionnée par la médecine va basculer le jour où elle décide de perdre sa virginité.
Ouais, alors résumé de cette manière, ça paraît un peu compliqué, mais en fait la narration est très limpide.
Le film plante un décors et une ambiance propice à un drame familial inéluctable.
Une famille américaine moyenne typique, le père est effacé devant l’autorité de la mère, celle-ci est d’ailleurs superbement interprétée par l’ex-actrice de X Traci Lords, ici dans un rôle à contre-emploi, la ménagère catholique traditionnelle, coincée et avec des idées bien arrêtées.
De quoi provoquer une relation toxique avec sa fille aînée, bien bousculée par ses hormones et attirée par l’anatomie humaine en mode médecin légiste.
Cette ado perturbée et mal dans sa peau, physiquement en dessous de standards de beauté (les traits sont volontairement exagérés pour souligner l’absurdité du jugement sur l'apparence physique), vit dans la solitude la plus totale, sa sœur cadette malade accaparant toute l’attention de ses proches. Pas d’ami, un climat familial délétère, un terreau propice à développer un comportement sociopathe des plus inquiétants, suivant une logique autodestructrice. La protagoniste devant faire face aux difficultés du quotidien et à un isolement et à un décrochage inévitable, sombre peu à peu dans la folie, et succombe à ses désirs inavouables. Un film qui transpire la maladie et l’inconfort dans chaque plan, où l’on se retrouve emprisonné dans la psyché d’un personnage torturé qui va dangereusement basculer vers le glauque et le sordide.
Même si EXCISION est un titre mensongé, rapport à l’acte chirurgical qu’il évoque, le film de Richard Bates Jr. n’a pas usurpé sa réputation de body horror trash et viscérale, car il sait se montrer très incommodant en n’hesitant pas à piocher gratuitement dans l’horreur corporelle dégoûtante (la scène du dépucelage).
D’abord illustré par des rêves vicieux, à base de fornications mêlées à des autopsies et autres mutilations, la protagoniste va petit à petit basculer dans une violence physique et psychologique sans retour en arrière possible.
Si l’on est loin de l’intensité dramatique de MAY, auquel il est souvent comparé, on retrouve pas mal d’ingrédients de ce qui a fait le succès de GRAVE de Julia Ducournau. En soit, EXCISION se positionne juste au milieu de ces 2 films, avec un peu moins de subtilité et de profondeur bien entendu, mais tout aussi démonstratif et radical.
L’anti-teen movie de la classe moyenne américaine par excellence, il égratigne allègrement les codes de bien-pensance de cette société, en allant jusqu'au bout de ses idées misanthropiques. Le réalisateur n’épargne rien à ses personnages, bons comme mauvais, et le traitement infligé à l’entourage de l’adolescente n’est qu’une résultante du type de monstre qu'est capable de produire cette société formatée.
L’intolérance mène à la cruauté, et le film s’amuse à nous le marteler d’une façon plutôt glaçante. Porté par une mise en scène millimetrée qui ne souffre d’aucun temps faible, EXCISION s’amuse à destabiliser le spectateur en décomposant méticuleusement la lente descente aux enfers de son personnage. Cette victime devenant bourreau, par ses comportements violents tant physiquement que verbalement, nous place dans une inconfortable position où l’on a du mal à lui en vouloir, même si elle repousse sans cesse les limites de l’acceptable. Les pires intentions cachent parfois un bon fond, et c’est ce vers quoi va nous emmener la scène finale, qui atteint le sommet du gore du film.
Pas le plus subtil des films traitant du mal être adolescent et du passage à l’âge adulte, EXCISION pose ses grosses baloches sur la table des films violents, autant dans leur propos que dans leur contenu. Mettant en avant les travers de la société américaine entre les mains d’une protagoniste aussi détestable que défendable, le réalisateur installe un vrai climat de malaise jusqu'à la toute fin du film. Même si le fond manque de consistance et que certains personnages auraient mérité d’être d’avantage développés, à l’image du père dont on devine la posture uniquement grâce à une scène en flash-back. Sur la forme, il coche toutes les cases du répugnant et de l’immoral, à travers son personnage psychologiquement instable, avec ce petit côté voyeur suffisant à piquer notre curiosité.
Ma note : 7/10
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