Je comprends l’idée. Je vois l’intention. Le jeu sur les niveaux de réalité, la mise en abyme, la confusion permanente entre le virtuel et le réel… Sur le papier, c’est stimulant. Et je comprends que le film ait marqué à sa sortie. Mais presque trois décennies plus tard, ça ne m’a pas embarqué.
Déjà, l’esthétique. Très kitsch. Les décors organiques, les consoles biomécaniques, les armes en os… C’est censé être dérangeant, étrange, presque viscéral. Mais aujourd’hui ça m’a paru surtout daté. Ce qui devait sembler audacieux en 1999 ressemble parfois à un bricolage un peu cheap. Il y a une texture visuelle qui vieillit mal, une direction artistique qui manque de finesse.
Pourtant, derrière ça, il y a un vrai cinéaste. David Cronenberg a dans son histoire, semble-t-il toujours aimé questionner le corps, la technologie, la mutation, la contamination entre l’humain et la machine comme j'ai pu un peu l'apercevoir dans les crimes du futur (qui doit être encore plus présent dans La Mouche, que je n'ai pas encore vu). eXistenZ s’inscrit parfaitement dans cette logique. Le problème, c’est que j’ai trouvé ça faussement ingénieux. Le film donne l’impression de complexité, mais la mécanique finit par paraître répétitive. On enchaîne les couches de réalité sans que l’enjeu émotionnel ne prenne vraiment.
Et surtout, je n’ai pas accroché aux protagonistes. Ni Jennifer Jason Leigh, ni Jude Law ne m’ont réellement embarqué. Je suis resté à distance. Or dans un film qui repose sur la paranoïa et la perte de repères, si on ne s’attache pas un minimum aux personnages, la tension s’effondre. Les twists deviennent conceptuels plutôt que viscéraux.
J’ai aussi trouvé le film long. Pas forcément en durée réelle, mais en sensation. Il y a un côté circulaire dans la narration qui finit par anesthésier. À force de brouiller les pistes, le récit perd en impact. On comprend l’intention, mais on ne la ressent pas.
Ce qui m’étonne le plus, c’est l’aura culte du film. Je comprends son importance historique, son avance thématique sur les réalités virtuelles et les jeux immersifs, bien avant que ces questions ne deviennent centrales dans la culture populaire, mais aujourd’hui, 27 ans plus tard, ça ne fonctionne plus aussi bien, ni sur le fond, ni sur la forme.
Je respecte l’ambition, l’idée, le geste d’auteur. Mais l’expérience est restée froide. Un film que j’ai regardé plus par curiosité cinéphile que par plaisir réel.
Pour la découverte.