Lagos, de nos jours, Mofe et Rosa, sans se connaître, nourrissent le même rêve : quitter le Nigeria pour une vie meilleure. Construit sous forme de diptyque, ce premier long-métrage de frères jumeaux nigérians, Arie et Chuko Esiri, frappe par son réalisme, sans misérabilisme, ancré dans la mégalopole nigériane. Mofe, électricien, et Rosa, coiffeuse, sont des personnes ordinaires, dans un environnement complexe où les pièges sont nombreux et où leur honnêteté est mise à rude épreuve, y compris au sein de leurs propres familles. On côtoie dans Eyimofe des personnages plus ou moins toxiques mais le film leur réserve un traitement qui est tout sauf manichéen, leur accordant sinon de la bienveillance mais du moins une compréhension intelligente. On pourrait croire que les deux protagonistes du film vont se croiser à un moment ou à un autre mais les cinéastes se refusent à toute facilité narrative, cherchant avant tout l'authenticité, sans pour autant négliger l'aspect romanesque d'une fiction que l'on sent parfaitement documentée et somme toute assez loin des clichés attachés à Lagos. Il en est de même pour la quête obsessionnelle d'un visa pour l'Europe, qui caractérise au début Mofe et Rosa, sans doute comme beaucoup d'autres, et qui s'efface progressivement devant l'obligation de renoncer à ses rêves et de revenir au quotidien, aussi difficile soit-il. Les deux héros de Eyimofe sont des survivants de la jungle urbaine et c'est cette lutte que le film des frères Esiri donne à voir, avec une acuité et une lucidité remarquables.