Depuis toujours, Thanatos a fasciné et effrayé l’être humain. L’être humain, dans presque toutes les histoires racontées depuis l’aube de l’humanité, joue avec un enjeu de mort, que ce soit avec des récits comme l’Odyssée d’Homère ou avec Thésée et le Minotaure durant la Grèce antique. Mais cela vaut aussi pour des histoires plus récentes comme les battle royale ou le torture porn durant les années 2000. Il y a quelque chose de fascinant pour nous avec la mort, par le fait que c’est la seule chose définitive qui existe avec l’oubli, et que nous ne savons rien de ce qui se passe après.
Avec sa curiosité morbide et, plus tard, un nouveau médium comme le cinéma, l’être humain a très vite voulu voir la mort de ses propres yeux. Ainsi naquirent les premiers scandales. Des films devenus cultes aujourd’hui comme Salo, Massacre à la tronçonneuse ou Cannibal Holocaust. Mais un seul de tous ces films eut une aura et suscita des scandales bien plus importants dans l’esprit des spectateurs des années 80 : Faces of Death.
C’était le film interdit et tabou ultime pour tout adolescent en quête de transgression à cette époque-là. Mais avant de comprendre pourquoi, il faut expliquer à quel genre appartient ce film. En 1962 apparaît un documentaire du nom de Mondo Cane. Il fit son petit succès et lança la mode des mondos. Ce sont des documentaires dont le but est de faire découvrir des pratiques dans le monde, souvent avec un ton raciste. Le film mélangeait des moments choquants ou drôles. On comptera dans ce sous-genre deux vagues : la première jouant sur une envie de voyage, et la seconde plus morbide, lancée par Faces of Death, voulant titiller les plus bas instincts de l’homme en lui donnant sa dose de fascination macabre.
Le film commence sur une opération, et après, un docteur peu convaincant vient nous parler. Il dit avoir voyagé à travers le monde et filmé de multiples facettes de la mort, qu’il va nous montrer. Le film présente la plupart du temps des scènes fausses tournées pour l’occasion, comme celle de la condamnation à mort d’un prisonnier, mais parfois aussi des scènes réelles, comme une femme désespérée qui ne voyant plus aucune raison de vivre, se jette du haut de son immeuble (avec des plans truqués rajoutés par l’équipe du film, parce que sinon “on n’ira jamais assez loin dans le mauvais goût et le racoleur”). On notera parfois un discours assez engagé et en avance sur son temps, avec un narrateur opposé à la peine de mort et à la violence animale.
Vous voyez que je parle surtout de la forme et non du fond du film. La raison est simple : Faces of Death est un produit conçu uniquement pour faire un succès commercial et ramasser de l’argent. Il n’a aucune autre volonté que cela. Le meilleur moyen fut de faire croire aux spectateurs que les scènes de mort de ce “documentaire” étaient réelles. Et les gens y crurent, rapportant plusieurs millions au film. Hélas, d’autres films copièrent la formule, et certains osèrent ce que Faces of Death n’avait pas fait : montrer uniquement des morts réelles à l’écran.
On peut très bien montrer des morts à l’écran dans le cadre d’un documentaire si c’est pour dénoncer une situation ou pousser à réfléchir, mais ici ce n’est pas le cas. Je remets donc sérieusement en question l’aspect éthique de ce film, qui existe uniquement pour satisfaire une curiosité morbide. Le débat sur la moralité de l’art et des films n’aura jamais de réponse définitive : on a eu des chefs-d’œuvre qui ne se posaient pas la question de la morale. Pour moi, un film n’a pas à être moral, mais son tournage, lui, doit l’être. Mais ici, c’est différent : c’est le film lui-même qui brouille volontairement les frontières entre réel et fiction. J’aimerais demander au réalisateur s’il lui plairait qu’on filme sa mort pour la mettre dans un film juste pour de l’argent.
Voilà ce qu’est Faces of Death : un coup de génie marketing, mais un très mauvais film, qui pourra tout de même divertir ceux en quête de sensations fortes.