Difficile de ne pas penser au Fugitif avec Harrison Ford devant le point de départ de Faceless : un homme condamné pour un crime qu'il nie, une évasion spectaculaire et une longue cavale.
Pourtant, le film japonais prend rapidement une autre direction. Là où le thriller américain privilégie l'action et l'enquête, Faceless ralentit volontairement son rythme pour s'intéresser à l'homme derrière le fugitif. Chaque étape de sa fuite devient l'occasion de rencontres qui révèlent moins une nouvelle personnalité qu'un nouveau regard porté sur lui.
L'identité n'est pas une essence figée ; elle se construit dans la relation avec les autres. Nous ne voyons jamais une personne dans sa totalité. Nous n'en connaissons qu'une version, celle que notre rencontre avec elle nous a permis de percevoir.
Au fil de sa cavale, Kaburagi est contraint de revêtir plusieurs identités. Il ne ment pourtant jamais complètement : chaque nouvelle rencontre révèle une part différente de lui-même, jusqu'à ce que toutes ces rencontres composent le portrait d'un homme bien plus complexe que le coupable décrit par la justice.
À travers ces différentes facettes, Kaburagi tente de reconquérir sa dignité et de retrouver l'identité que la justice lui a confisquée.
Faceless est aussi une critique d'une justice trop pressée de désigner un coupable. C'est surtout un récit profondément humaniste où les liens créés au fil de la cavale finissent par peser davantage que la traque elle-même.
Ryūsei Yokohama est parfaitement crédible dans le rôle de cet homme en fuite, désespéré mais déterminé à prouver son innocence pour retrouver son nom, son visage et sa place dans le monde.
La mise en scène accompagne cette disparition progressive de son identité : d'abord difficile à reconnaître, souvent filmé de profil, masqué ou réduit à une silhouette, Kaburagi retrouve peu à peu un visage à mesure qu'il redevient un homme aux yeux des autres.
N'attendez pas un simple thriller d'action à l'américaine. Faceless en emprunte les codes pour raconter un tout autre récit.