Adapté de l’essai autobiographique de Dai Igarashi, Fais-moi un signe fourmille de petites scènes réalistes, familiales ou non, qui font progresser l'adhésion douce à un film dont la lumière simple finit par triompher. La grande réussite du film de Mipo O vient non seulement de sa délicatesse, exempte d'effets mélodramatiques, mais aussi de sa construction, en différentes étapes temporelles, sublimées par un sens très pur des ellipses. Comment vivre sa vie d'enfant, d'adolescent puis d'adulte "normal", quand on a eu des parents sourds ? Cela passe par tout un tas de phases, dont l'une synonyme de honte, voire de colère, jusqu'au moment de trouver, ou pas, un terrain d'entente, dans tous les sens de l'expression. C'est avec doigté que le film aborde les divers sentiments d'un garçon qui grandit et s'émancipe, en cherchant sa propre voie (voix). C'est particulièrement dans la relation entre la mère handicapée et son fils que se situe le point névralgique, admirablement rendu, dans un territoire psychologique soumis à mutations, au gré du temps et d'un environnement extérieur le plus souvent sourd aux différences. Rien n'est acquis dans le petit monde de Fais-moi un signe, la cruauté et l'humour y ont leur place, mais c'est l'apaisement et la compréhension qui doivent s'imposer, quelle que soit la hauteur des obstacles à surmonter.