La Famille Bélier version Japon, et ça change tout. En France, si on peut rigoler de l'handicap (les "Un p'tit truc en plus" et Cie...), au Japon, le sujet est bien moins décomplexé. Dans une société toujours plus parfaite, la surdité est mal vue, mal comprise, surtout en milieu rural, et donne lieu à une ostracisation radicale. On suit donc Dai Igarashi, un jeune enfant "entendant" (un CODA : Child Of Deaf Adults) qui lutte avec le racisme des camarades de classe, son propre dégoût pour ses parents, son sentiment d'injustice (le "Pourquoi avoir fait un enfant, dans cette société inadaptée ?" est un mantra très sévère, à la fois pour les parents, mais aussi pour le gamin qui se déteste...) et finalement qui se rend compte de sa propre bêtise, toutes ces années durant. On n'en dira pas plus, mais si vous avez des envies de gifler cet ado tout le film, une scène "flashback" finale va tout renverser, et vous faire passer de la haine aux larmes reconnaissantes, exactement comme le héros à l'écran (c'est bien fait, n'est-ce pas ?). Ryo Yoshizawa, vedette ultra-populaire locale grâce à la saga de films Kingdom (énormes cartons au Japon), s'offre un rôle viscéral qu'il tient avec brio, tandis que les autres acteurs ne sont pas moins brillants. Les parents ne nous font jamais douter une seconde que les acteurs sont réellement sourds et muets (petits tours sur leurs pages filmo : "Ah ben non, ils juste super forts en acting"), les grands-parents sont drôles par leur génération décalée par rapport à l'handicap (ils sont "old school"), et même les enfants sont parfaits... La réalisatrice Mipo Oh (on souligne le féminin, puisque être une femme réalisatrice au Japon tient du miracle) dévoile un petit bijou de tendresse des parents sacrificiels envers un enfant (très) ingrat, mais dont le malêtre sociétal nous empêche de le condamner pleinement (il en prend plein la tronche, lui aussi), dont la mise en scène est magnifique jusque dans ce flashback-surprise final, qui renverse tout ce qu'on pensait savoir. Ce récit autobiographique adapté avec finesse est une ode à l'handicap, un constat sur l'intolérance d'une société (pourtant "avancée") sur tout ce qui déborde du cadre "parfait", un mea culpa sincère d'un auteur qui aurait voulu ne pas être aussi injuste avec ses parents, et signe (sans besoin des mains) un des plus beaux films de l'année. Ryo Yoshizawa crève l'écran avec son ado à la fois détestable et déchirant : un très grand acteur, pour un très grand film. On lui fait ce signe : deux pouces levés.

Aude_L
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le 2 avr. 2026

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Deux pouces levés !

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