Quinzaine des Réalisateurs : Quel beau premier film ! Charlotte Le Bon (oui, la dame de la Météo...) use de son expérience comme dessinatrice pour sortir du roman graphique original (Une soeur, de Bastien Vivès) toutes les plus belles images qu'on puisse rêver d'avoir sous les yeux. On s'est pris à repenser à quelques peintures impressionnistes devant ses plans de lacs poétisés, ses couchers de soleil reflétés sur les visages des enfants, sa musique douce venant baigner le tout dans une ambiance étrangement douce, nostalgique, pleine de tendresse pour son sujet. Ces deux enfants qui découvrent ensemble la puberté, les premiers jeux sensuels, mais encore un regard en arrière vers leur innocence pas tout à fait perdue : voici que la partie amoureuse se transforme plutôt en jeu à se faire peur, en racontars de fantômes les plus gamins qui soient, comme pour avoir encore le pouvoir de faire pause dans cet été ensoleillé qui les propulse trop vite dans la vie d'ados. Charlotte Le Bon a trouvé le bon ton pour traiter ce film "de fantômes", en évitant le gros film surnaturel qui tache et en lui préférant un pragmatisme auquel on aura cru jusqu'à la dernière seconde qui nous a tiré le tapis sous les pieds. On aime se ramasser, si c'est pour le bien d'un scénario réfléchi comme celui-ci. Un brin mou au démarrage, Falcon Lake, une fois lancé, ne s'arrête plus, et nous fait suivre ses deux adorables jeunes en pleine transition, voulant jouer aux grands mais regrettant leur confort d'avant, et nous renvoyant à nos propres images de jeunesse, à nos étés avec les copains et les amourettes qui allaient avec... On s'est tous un jour retrouvé dans cet entre-deux vicieux, et on s'en est souvenu avec douceur grâce à la tendresse infinie de Falcon Lake, sublimé par les images un brin poètes de Charlotte Le Bon.