Ce film testament d’un des derniers maîtres du cinéma international nous plonge dans l’univers fantasmagorique de l’enfance. Dans ce qu’il a de plus naïf, mais aussi de plus sombre. Cette vision est celle d’Alexandre, petit suédois issu d’une famille bourgeoise qui à la mort de son père devra vaincre bien des drames, mais aussi bien des spectres… La caméra se place à son niveau et nous donne une interprétation subjective des évènements. A l’issue de ce parcours initiatique, l’enfant qui hantait son corps cède la place à un adulte en devenir dont la nostalgie et les remords le laisseront à jamais exsangues. L’individu se construit sur ses fragiles combats menés pendant cette période. Entre horreur et merveilleux, il trouvera le juste milieu nécessaire à son équilibre futur.
Bergman, peaufine son film dans une espèce d’urgence à consigner un à un tous les petits souvenirs ou détails de son enfance qui alimentent cette saga ambitieuse, sublimement mise en image par Sven Nykvist son chef opérateur depuis toujours.
Il ambitionne cette œuvre comme son ultime message à ses admirateurs. On y retrouve tous les thèmes qui ont bâtis son exceptionnelle carrière : la société empesée de principes, la place de la femme, les conflits latents chez les couples et les conflits générationnels parfois lourds de sens. Il y amène une sorte de point d’orgue final d’une maîtrise est absolue dont le message se veut résolument optimiste.
Car bien plus q’une chronique ordinaire familial, Fanny et Alexandre est et restera une référence également sur le plan technique. La luxuriance des décors et des costumes, les choix musicaux, les cadrages intimistes ou les plans flamboyant allouent à ce chef d’œuvre une dimension ascétique et surtout une puissance picturale digne d’un grand maître de la peinture.
Bergman nous délivre ici ce que l’on pouvait espérer de mieux tant sur la profondeur de son propos et de sa mise en scène, que sur l’esthétisme parfait d’une œuvre cinématographique. Trois heures d’un pur bonheur, trois heures d’un savoir faire hors du commun.
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le 14 sept. 2014

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Fritz Langueur

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