On pourrait aisément partir du titre pour tourner en dérision le dernier long métrage d’Alexandre Arcady, en le qualifiant donc de « fausse note » ; ce serait manquer la dissonance générale d’une partition qui jamais ne sonne juste, et qui croit trouver sa valeur dans l’outrance outrageuse avec laquelle elle convoque l’histoire de la Shoah, se rangeant à corps et à cris du côté des victimes pour faire vivre à un bourreau l’horreur qu’il a, par sa lâcheté, contribué à perpétrer. L’Opéra-Comique se change en salle de théâtre sur les planches de laquelle se joue une tragédie de la mémoire ; le dispositif de la séquestration, d’abord amusant, traduit la volonté de ramener un homme à se souvenir, à considérer sa culpabilité droit dans les yeux, avec toute la modestie qui lui manque. Les acteurs quittent eux aussi leur prestation burlesque habituelle pour s’engager sur le terrain de la gravité.
Le problème, qu’il est difficile d’accorder au singulier tant il recouvre quantités d’erreurs, de maladresses et de choix douteux, réside pourtant dans la surcharge d’artifices (sorte d’escape game mémoriel augmenté de flashbacks tout à la fois ridicules et indécents, dialogues explicatifs que le montage ne parvient même pas à attribuer au comédien qui les prend en charge, la faute à la superposition d’une piste sonore sur des images impropres à la recevoir) qui échouent à conférer un semblant d’authenticité et de profondeur à la quête du personnage campé par Kad Merad, marionnettiste vengeur dont l’acharnement sadique, tel qu’il est représenté une heure et demie durant, conduit paradoxalement – et quelle épouvante ! – à victimiser le bourreau, voire à susciter un peu de compassion devant son triste sort.
À aucun moment le dispositif adopté par Alexandre Arcady ne fait sens, ne trouve de justification : quelle satisfaction trouver au châtiment d’un homme défini comme « monstre » permanent – la monstruosité est celle de sa nature, symbolisée par son attitude tyrannique à l’égard de l’orchestre – sans réflexion, par exemple, sur l’adolescent qu’il était au moment des faits ? pourquoi projeter en 2026 sur deux hommes les deux camps en présence il y a plus de soixante-dix ans, sans considérations sur la mémoire de la Shoah à l’épreuve du temps, sur les étapes historiques ayant permis sa formation puis sa transmission ? Le film se montre, en somme, aussi inhumain que les bourreaux qu’il ressuscite complaisamment au moyen d’un noir et blanc hideux, cite Primo Levi sans le comprendre, construit, pierre après pierre, un nouveau « Lager » cinématographique, « produit d’une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse », ici scénaristique. Que le réalisateur ose déclarer en entretien devoir par le cinéma compenser la disparition de la Shoah comme objet d’étude et d’enseignement à l’école atteste une déconnexion totale de notre actualité, affirmation complotiste autour de la censure qui régnerait aujourd’hui dans les programmes…
Ce que l’histoire nous a au contraire enseigné, c’est ce dont les deux personnages (et le long métrage) sont incapables, à savoir la communion dans la douleur de partager, quoi qu’on fasse, une seule et même espèce humaine.